(Février 2009) Des récentes émeutes en Grèce à l’accroissement du chômage en Chine urbaine, en passant par l’anxiété suscitée par la perspective de nouvelles protestations de jeunes à travers l’Europe, l’emploi et le sous-emploi des jeunes sont de plus en plus reconnus comme présentant un risque potentiel d’instabilité sociale dans d’autres régions du monde. L’Afrique en particulier est confrontée à des défis démographiques car sa population de jeunes âgés de 15 à 24 ans augmente et l’accès aux emplois surs continue d’être problématique. De plus, la crise financière mondiale menace de rendre les marchés du travail encore plus difficiles et d’exacerber une situation volatile pour les jeunes en Afrique.

Au-delà des coûts économiques, les forts taux de chômage et de sous-emploi des jeunes ont des ramifications sociales. Certains jeunes ayant peu de perspectives d’emploi et peu d’espoir d’avancement futur peuvent n’envisager d’autre alternative que des activités criminelles ou la participation à des conflits armés. « [Les jeunes] au chômage ou sous-employés ont une plus forte probabilité de participer à des conflits ou des activités illégales – nombre d’entre eux deviennent les victimes de groupes armés et rebelles » affirme Jorge Saba Arbache du Bureau de l’Economiste en Chef, Région Afrique de la Banque mondiale. De plus, dit-il, « les jeunes au chômage ou sous-employés sont plus sensibles aux cycles économiques », ce qui les rend vulnérables à une instabilité d’emploi.

Le rapport de la Banque mondiale Youth and Employment in Africa: The Potential, The Problem, The Promise paru en décembre 2008, enquête sur le profil démographique des jeunes en Afrique et recommande des politiques de gestion pour donner aux jeunes l’accès à un emploi stable. Il argumente que la création d’emplois viables pour les jeunes est une pré-condition de l’éradication de la pauvreté, du développement durable et de la paix en Afrique; et dans des pays qui émergent de conflits, l’accès à l’emploi des jeunes est un élément intégral du processus de construction de la paix.

Chômage des jeunes et défi démographique en Afrique

L’Afrique a la population de jeunes la plus importante au monde et celle qui augmente le plus rapidement. Plus de 20 % de la population africaine a entre 15 et 24 ans et, puisque plus de 40 % de la population africaine a moins de 15 ans, on doit s’attendre à ce que ce chiffre augmente de façon notable dans les années à venir. Selon l’Organisation Internationale du Travail (OIT), les jeunes peuvent représenter jusqu’à 36 % de la population totale en âge de travailler et 3 personnes au chômage sur 5 en Afrique sont des jeunes.

« Le [fort] taux de fécondité est le défi démographique le plus important pour l’Afrique » affirme Carl Haub, démographe en chef au PRB. « Depuis 30 ans, 45 % de la population de la plupart des pays d’Afrique a moins de 15 ans. Donc, un nombre croissant de jeunes qui entrent sur le marché du travail est l’un des plus grands défis que doit relever l’Afrique ». La combinaison de croissance de la population associée à des taux de fertilité élevés et un faible taux de création d’emplois en Afrique présente des défis pour les jeunes. Malgré des taux de croissance économique de 6 pour cent ou plus en Afrique sub-saharienne ces dernières années, il n’y a pas eu assez d’augmentation d’emplois stables pour les jeunes. Etant donné les tendances démographiques actuelles, la pression de créer de nouveaux jobs continuera à augmenter dans les décennies à venir.

Les tendances de la migration aggravent la situation dans les zones urbaines et affectent les possibilités d’embauche. Les jeunes ont plus tendance que d’autres groupes d’âge à migrer des zones rurales vers les zones urbaines. Selon Arbache, « Les analyses empiriques montrent que les jeunes de zone rurale migrent vers les zones urbaines pour trouver des opportunités d’éducation et de travail meilleures afin de sortir de la pauvreté. Le chômage et le sous-emploi dans les zones urbaines sont associés à cet exode rural. Les jeunes migrants gagnent souvent moins que les jeunes de zones urbaines mais plus que ceux des zones rurales. » Malgré un exode rural accru, toutefois, plus de 70 % de la population jeune en Afrique vit encore en zone rurale. En fait, une des conclusions les plus importantes du rapport de la Banque mondiale est que le jeune moyen en Afrique n’est pas un résident urbain qui a migré de son village. Le jeune moyen est une femme pauvre, alphabète mais non-scolarisée vivant en zone rurale.

Chômage et sous-emploi

En se focalisant uniquement sur les jeunes sans emploi, on néglige le fait que de nombreux jeunes peuvent en fait avoir du travail mais être sous-employés, travaillant moins d’heures qu’ils n’aimeraient le faire, ou en retirant moins de gains économiques. De plus, dans des zones où les opportunités d’emploi formel sont limitées, nombre d’entre eux sont contraints de se débrouiller dans l’économie informelle, et ne figurent souvent pas dans les statistiques officielles de l’emploi. Le problème est que le sous-emploi est difficile à évaluer.

« Ce que les économistes appellent ‘sous-emploi’ est difficile à définir et mesurer à cause des normes de comparaison, ‘employés à plein temps’ est en soi-même un concept difficile à définir et mesurer, » selon Bill Butz, président du PRB. « Est-ce qu’une personne est ‘sous-employée’ si elle travaille moins de 52 semaines par an ou moins de 40 heures par semaine ou simplement moins de semaines ou d’heures qu’elle n’aimerait travailler, ou bien moins intensivement qu’elle ne pourrait le faire si elle était bien nourrie et en bonne santé ? Tous ces critères de comparaison sont utilisés et tous sont arbitraires, chacun donne un niveau différent de sous-emploi quantifié. »


Les jeunes selon le statut d’activité économique en Afrique sub-saharienne, 1997 and 2007

Source : Organisation Internationale du Travail, Global Employment Trends for Youth 2008.


La distribution de l’emploi parmi les jeunes d’Afrique sub-saharienne a peu changé de 1997 à 2007. Tant en 1997 qu’en 2007, environ la moitié des jeunes en Afrique étaient soit au chômage soit ‘inactifs’, selon la définition du OIT. Définir la terminologie utilisée peut donner une image plus précise de la situation de l’emploi des jeunes en Afrique. « Au chômage » indique les membres de la population active qui n’ont pas de travail mais cherchent activement un poste. « Inactifs » réfère à ceux qui n’ont pas de travail mais n’en cherchent pas. Les jeunes inactifs peuvent fréquenter l’école secondaire ou un établissement tertiaire, mais ils peuvent aussi être des travailleurs qui ont perdu l’espoir de trouver un travail parce qu’ils pensent qu’ils n’ont pas les qualifications nécessaires pour un emploi, ne savent ni où ni comment chercher un emploi ou ont l’impression qu’il n’y a pas d’emploi disponible. Dans une grande partie de l’Afrique, il y a peu ou pas d’opportunités d’emploi stable pour les jeunes. Alors que les taux de chômage des figures ci-dessus sont relativement faibles, les chiffres peuvent mener à confusion. Ceux qui ne figurent pas parmi la population au travail peuvent être sous-employés ou souhaiter travailler mais ils n’ont aucun moyen de trouver un emploi stable. Les jeunes ne sont pas considérés comme officiellement ‘au chômage’ même s’ils sont sans travail et accepteraient du travail s’ils en trouvaient un.

Potentiel et promesse

Tout en reconnaissant les défis démographiques de l’Afrique, le rapport de la Banque mondiale voit aussi la population mondiale de jeunes comme une opportunité : « La transition démographique fait des jeunes l’atout le plus abondant que possède la région, ce qui en fait une opportunité. »

La rapport recommande une approche multisectorielle de la part des gouvernements et agences internationales pour faire face à ce problème. Les recommandations incluent l’expansion des alternatives d’emploi et d’éducation en zones rurales ; la construction d’un environnement de soutien pour l’entreprenariat, l’expansion de l’accès à et l’amélioration des opportunités de formation et la relève du défi démographique. Puisque la plupart des jeunes vivent en zones rurales, le développement de l’agriculture et des secteurs hors fermes est une partie intégrante de la création d’opportunités de travail pour les jeunes, selon les conclusions du rapport. Des investissements dans l’irrigation, la gestion des ressources en eau et l’utilisation accrue de semences améliorées, d’engrais et de meilleures pratiques agricoles peut répondre aux attentes de la population rurale en Afrique.

Bien que confronté au nombre croissant de jeunes et au manque actuel d’opportunités en Afrique, Arbache reste optimiste. « La transition démographique donne à l’Afrique l’opportunité de devenir compétitive internationalement. Le défi principal est d’employer les politiques de gestion appropriées pour la région afin qu’elle tire tous les bénéfices de cette opportunité unique.


Eric Zuehlke est éditeur au Population Reference Bureau.