(Mai 2010) De nombreuses études ont confirmé l’impact positif de l’éducation des filles sur la mortalité maternelle et infantile, la santé, les taux de fécondité, la pauvreté et la croissance économique. Pourtant moins de 2 cents de chaque dollar consacrés au développement international sont consacrés de manière spécifique aux adolescentes, qui demeurent pour l’essentiel en marge des programmes internationaux de développement.1 Cependant, une déclaration conjointe des Nations Unies en date de mars 2010 indique que la communauté internationale commence à reconnaître le rôle potentiel des filles comme puissant agent du changement.2

Les investissements dans les adolescentes sont source d’avantages considérables

Une des clés de la réduction du cycle de la pauvreté réside dans une population éduquée, saine et productive, à même de répondre aux besoins de la prochaine génération. Les adolescentes présentent un potentiel considérable, et jusqu’ici inutilisé, d’accélération de la croissance nationale ; leur niveau d’éducation, leur contribution à la population active et leur aptitude à s’occuper de la prochaine génération ont un impact considérable sur des communautés toute entières. La population des adolescentes dans les pays en développement est d’environ 600 millions, et le groupe des 10 à 24 ans est le segment qui croît le plus rapidement. Cette tendance démographique peut renforcer les perspectives économiques des pays en développement en offrant des opportunités à ces jeunes personnes.

En moyenne, les jeunes filles plus éduquées sont plus susceptibles de s’intégrer à la population active, d’obtenir des emplois salariés, de gagner davantage pour leurs familles au cours de leur existence et d’avoir des enfants en meilleure santé et scolarisés plus longtemps.3 Le rendement économique de l’investissement dans l’éducation des filles est supérieur à celui des garçons, avec des acquis salariaux particulièrement marqués pour celles bénéficiant d’une éducation secondaire. L’éducation secondaire des filles enregistre un taux de rendement de 18 % sous forme de salaires potentiels, contre 14 % pour les garçons. Qui plus est, les filles ayant une éducation secondaire sont jusqu’à six fois moins susceptibles d’être mariées très tôt que celles ayant peu ou pas d’éducation.4 Le niveau d’instruction des adultes au sein d’un ménage a également un impact positif sur les enfants. Dans de nombreux pays, les niveaux d’éducation de la mère ont plus d’influence sur la scolarisation des enfants que ceux des pères.

Les effets positifs d’années supplémentaires de scolarisation vont au-delà d’un simple impact sur les niveaux de rémunération et la participation à la population active ; les taux de fécondité et de mortalité infantile présentent eux aussi une forte corrélation avec l’éducation maternelle. Une fille qui bénéficie d’une éducation secondaire et supérieure au-delà du primaire a, en moyenne, 2,2 enfants de moins. Les effets positifs de l’éducation maternelle se transfèrent en outre d’une génération à l’autre : chaque année supplémentaire de scolarisation réduit les taux de mortalité infantile à hauteur de 10 %.5 Par ailleurs, l’effet In addition, les retombées positives de l’amélioration des conditions de vie des fillettes se fait d’autant plus ressentir au niveau de la communauté locale en raison de la tendance des femmes à réinvestir leurs revenus chez elles. Les femmes et les jeunes filles dépensent 90 % des revenus de leur travail sur leur famille, contre 30 à 40 % pour les garçons.6 Toutes ces caractéristiques se combinent pour faire des jeunes femmes un cible essentielle des stratégiques de croissance dans les pays en développement et une source potentielle considérable de développement communautaire.

Les adolescentes sont souvent négligées

Plusieurs des tendances du monde en développement sont reconnues comme ayant une incidence négative sur le futur potentiel des filles. Des taux de déscolarisation élevés, des mariages et des grossesses précoces, et le risque sérieux de contracter des maladies débilitantes sont autant de facteurs qui empêchent les filles d’échapper au cycle de la pauvreté. Les objectifs du millénaire pour le développement ont particulièrement mis l’accent sur l’écart entre les sexes en termes de scolarisation dans le monde en développement ; cependant, la majorité des enfants non scolarisés (54 %) dans le monde sont toujours de sexe féminin. Dans 28 pays, il y a moins de neuf fillettes scolarisés pour 10 garçons dans le primaire.7

Il existe une forte corrélation entre la fréquence des mariages précoces et le statut social des femmes. Les mariages d’enfants sont particulièrement fréquents en Asie du Sud, en Afrique subsaharienne, et dans certaines régions de l’Amérique Latine, où une fille sur sept se marie avant l’âge de 15 ans et où jusqu’à 38 % se marient avant leur 18e anniversaire. Mariage et maternité de bonne heure constituent des obstacles qui empêchent les jeunes filles d’avoir accès à l’éducation, d’acquérir des compétences et d’entrer dans la population active dans ces régions. Les taux de mortalité des nouveau-nés de mères de moins de 20 ans dépassent de 73 % ceux des enfants nés de mères plus âgées. Tout aussi inquiétant est le taux d’exposition au VIH en Afrique : en 2005, 75 % des personnes âgées de 15 à 24 ans vivant avec le VIH en Afrique étaient des femmes.8 Les fillettes sont particulièrement vulnérables à l’infection en raison de l’inégalité du rapport de forces existant dans les relations avec les hommes, de leur accès limité à l’information, et de leurs vulnérabilités physiques. Malgré ces conditions clairement établies, les adolescentes ne bénéficient pas aujourd’hui de manière proportionnelle des programmes de développement conçus pour les femmes ; de par leur invisibilité fréquente dans leurs communautés, les adolescentes sont peut-être l’un des groupes de populations les plus difficiles à atteindre du monde en développement.

Déclaration conjointe de l’ONU et objectifs d’avenir

Les organisations internationales ont commencé à inclure les adolescentes dans leurs programmes plus vastes, et intensifient leurs efforts d’adaptation de nouvelles initiatives de manière à mieux répondre aux besoins de fillettes. En mars 2010, six institutions des Nations Unies (BIT, UNESCO, FNUAP, UNICEF, UNIFEM et OMS) se sont engagées à « renforcer le soutien de [leurs] agences aux pays en développement pour faire progresser les politiques et programmes clés permettant de démarginaliser les adolescentes des groupes les plus isolés. »9

Les objectifs principaux de la déclaration conjointe des Nations Unies sont de recenser les filles, d’investir dans leur avenir et de reconnaître leur importance au sein de leur communauté. Cette déclaration propose les priorités stratégiques suivantes :

  • En évaluant et en quantifiant la situation actuelle des adolescentes dans le monde, celles-ci deviennent plus visibles aux yeux des décideurs politiques. La collecte de statistiques précises sur l’éducation, la santé et d’autres indices de la qualité de la vie est essentielle pour identifier les domaines dans lesquels les programmes auront le plus d’impact sur les conditions de vie des fillettes. Le recueil de ces données d’importance cruciale facilitera la tâche des organisations et des gouvernements souhaitant investir dans les jeunes filles et élaborer des programmes et des politiques ciblant spécifiquement leur bien-être.
  • Éduquer les adolescentes, s’assurer qu’elles ont accès à des écoles de qualité et faciliter leur transition de l’éducation primaire au secondaire et au-delà permet d’améliorer leurs perspectives pour une vie meilleure.
  • Assurer l’accès à des informations sur la santé et la nutrition pour leur âge aidera les filles à devenir des membres plus productifs et plus actifs de leurs communautés.
  • Préserver les filles de la violence et assurer leur sécurité assure la reconnaissance de leurs droits en tant qu’êtres humains et leur donne accès la justice si elles font l’objet d’abus et d’exploitation.
  • Les filles ont besoin d’avoir pour exemples des adolescents qui sont des leaders. Elles doivent avoir l’opportunité de créer des liens d’amitié et des rapports de mentorat, et ne doivent pas être isolés des interactions sociales. Il convient de mettre en place des initiatives pour autonomiser les femmes et les jeunes filles par l’entremise de réseaux solides leur offrant un encadrement par des pairs et des adultes ainsi que des espaces sûrs de soutien.

Avec ces objectifs ambitieux, l’ONU assume un rôle de chef de file pour l’amélioration de l’avenir des adolescentes du monde entier.


Kata Fustos est stagiaire au département des communications du Population Reference Bureau.


Références

    1. Fondation Nike, The Girl Effect, consulté sur www.girleffect.org, le 2 avril 2010.
    2. Intensifier l’action menée pour promouvoir les droits des adolescentes : Déclaration conjointe des Nations Unies, consulté sur www.unfpa.org/webdav/site/global/shared/documents/news/2010/joint_statement_adolescentgirls.pdf, le 20 avril 2010.
    3. ONU – Projet du millénaire, Taking Action: Achieving Gender Equality and Empowering Women (Sterling, VA : Task Force on Education and Gender Equality, 2005).
    4. Ruth Levine et al., Girls Count: A Global Investment & Action Agenda Reprint (Washington, DC : Center for Global development, 2009). 
    5. T. Paul Schultz, "Health and Schooling Investments in Africa," The Journal of Economic Perspectives 13, no. 3 (1999).
    6. Fondation Nike, The Girl Effect.
    7. UNESCO, Rapport mondial de suivi sur l’EPT 2010 – Atteindre les marginalisés (Paris/Oxford : UNESCO/Oxford University Press, 2010).
    8. Ruth Levine et al., Girls Count.
    9. Intensifier l’action menée pour promouvoir les droits des adolescentes : Déclaration conjointe des Nations Unies.