(Janvier 2003) Selon la Banque mondiale, plus de la moitié de la mortalité infantile des pays en développement peut être liée à la malnutrition1. Des tous premiers stades du développement du fœtus à l’adolescence, une alimentation et une nutrition de qualité sont deux éléments essentiels à la survie, à la croissance physique, au développement mental, à la productivité, à la santé et au bien-être. Une bonne nutrition renforce la résistance des enfants aux maladies et leur permet de tirer pleinement parti des opportunités sociales et éducatives qui leur sont offertes, jetant ainsi les bases d’une vie adulte saine et productive.

Selon l’Enquête démographique et de santé (EDS) 2000 pour le Cambodge, environ la moitié des enfants cambodgiens (45 %) de moins de 5 ans souffrent de malnutrition2. Le manque de nourriture n’est pas la seule cause de malnutrition. Il existe un certain nombre de mauvaises pratiques alimentaires, et l’allaitement inadéquat, des aliments inappropriés et en quantité insuffisante sont autant de facteurs qui y contribuent. Les infections – une diarrhée fréquente ou persistante, la pneumonie et le paludisme – minent également la santé nutritionnelle des enfants. Au Cambodge, les interventions ayant pour objet d’améliorer la nutrition doivent mettre l’accent sur une alimentation saine des nourrissons et des jeunes enfants et sur la prévention et la gestion de la malnutrition et des carences en micronutriments.

Première étape importante : l’allaitement

Une bonne nutrition commence dès les premiers moments de la vie. L’allaitement est l’une des interventions les plus efficaces pour garantir la santé des enfants : il assure l’apport de nutriments, de chaleur et d’une protection immunologique au nourrisson ; il renforce les liens affectifs entre la mère et l’enfant ; et il réduit les risques d’hémorragie post partum pour la mère. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) recommande que les nourrissons soient nourris au sein par leur mère dans l’heure suivant leur naissance et au moins toutes les trois heures3.

Au Cambodge, 11 % seulement des nouveau-nés sont nourris au sein dans l’heure suivant leur naissance, et environ un sur quatre pendant le premier jour de leur existence. Par suite, la majorité des nourrissons cambodgiens ne bénéficient pas des avantages immunisants du colostrum. Les mères qui accouchent dans une installation médicale sont légèrement plus susceptibles de commencer à allaiter leur enfant dans l’heure suivant la naissance. Cependant l’allaitement commence généralement dans les 24 heures pour seulement un bébé sur trois nés dans une installation médicale (voir la figure 1)4.


Figure 1
Début de l’allaitement en fonction du lieu de l’accouchement au Cambodge

Source : Enquête démographique et de santé 2000 pour le Cambodge.


Allaitement exclusif au sein pendant les six premiers mois de la vie

L’allaitement au sein reste la meilleure manière de satisfaire les besoins nutritionnels des nouveau-nés. L’OMS recommande un allaitement exclusif – c’est à dire une stricte alimentation au lait maternel sans autre aliment ou boisson (y compris l’eau) – pendant les six premiers mois de la vie d’un enfant. En effet, un allaitement exclusif limite l’exposition aux pathogènes, réduit les risques d’infection pour les nourrissons (en particulier les maladies diarrhéiques) et fournit au bébé tous les nutriments dont il a besoin. Le Programme commun des Nations Unies sur le VIH/SIDA (ONUSIDA) recommande également un allaitement exclusif pour éviter la transmission du VIH de la mère à l’enfant dans les pays en développement où les taux de mortalité infantile sont élevés. S’il est vrai que le VIH peut être transmis par le lait maternel, une alimentation exclusive au lait maternel réduit le risque et les avantages fournis en terme de protection contre les autres infections dépassent les risques associés à une alimentation non limitée au lait maternel5.

Onze pour cent seulement des enfants cambodgiens reçoivent une alimentation exclusive au lait maternel (voir la figure 2). L’introduction d’autres liquides dont l’eau, les jus de fruit et les formules se produit plus tôt que l’âge recommandé de 6 mois. Et 82 % des enfants de moins de deux mois qui sont allaités consomment également d’autres liquides : la majorité d’entre eux (70 %) boivent de l’eau en plus du lait maternel6.


Figure 2
Allaitement des nourrissons âgés de 0 à 5 mois au Cambodge

Source : Enquête démographique et de santé 2000 pour le Cambodge.


L’OMS recommande de commencer à donner des aliments solides aux enfants à partir de l’âge de 6 mois, car à partir de cet âge le lait maternel n’est plus suffisant pour promouvoir la croissance optimale de l’enfant. Il a également été établi qu’un sevrage rapide après alimentation exclusive au lait maternel réduit le risque de la transmission du VIH d’une mère infectée à son enfant7. La transition de l’alimentation exclusive au lait maternel à la consommation d’aliments complémentaires tels que les céréales et les aliments solides ou semi-solides est une période délicate. C’est à ce stade bien souvent que commence la malnutrition pour de nombreux enfants, ce qui contribue de manière significative à la prévalence de la malnutrition chez 40 % des enfants de moins de 5 ans. Au Cambodge, près d’un tiers des nourrissons de moins de six mois nourris au lait maternel reçoivent également des céréales et d’autres aliments solides et semi-solides. Le sevrage se fait plus rapidement entre 6 et 7 mois – plus des deux tiers des enfants reçoivent d’autres aliments à partir de cet âge8.

État nutritionnel des jeunes enfants

La santé exige que soient satisfaits les besoins caloriques et nutritionnels de l’organisme. Toute réduction prolongée de la quantité de calories ou de nutriments en deçà des besoins des enfants peut entraver leur croissance physique et leur développement psychologique.

Malnutrition

Près de la moitié des enfants de moins de 5 ans (45 %) sont d’une taille inférieure à la moyenne en raison d’insuffisances alimentaires et de maladies prolongées. Quinze pour cent des enfants sont trop minces pour leur taille, ce qui est le résultat de récentes pertes sérieuses de poids, souvent à cause de carences alimentaires ou de maladies graves (voir la figure 3)9. Les enfants mal nourris présentent moins de résistance à l’infection et sont plus susceptibles de tomber malades et de mourir de maladies infantiles communes telles que les maladies diarrhéiques et les infections respiratoires. Pour ceux qui survivent, les maladies fréquentes risquent d’affaiblir leur état nutritionnel et de les plonger dans un cercle vicieux de maladies récurrentes, de croissance interrompue et de réduction des facilités d’assimilation.


Figure 3
Pourcentage d’enfants de moins de 5 ans souffrant de malnutrition au Cambodge

Source : Enquête démographique et de santé 2000 pour le Cambodge.


Carences en micronutriments

Anémie L’anémie due à un manque de fer est un autre indicateur d’une carence nutritionnelle généralisée. L’anémie due à une carence en fer peut être le résultat d’une insuffisance de fer dans l’alimentation, d’une absorption inadéquate du fer dans les aliments, du paludisme ou d’une infection parasitaire. Chez les enfants, ce type d’anémie peut affecter les performances mentales, la coordination, les aptitudes linguistiques et les résultats scolaires. Les enfants anémiques sont plus susceptibles de contracter des maladies en raison de troubles du système immunitaire et de faibles niveaux d’énergie et de productivité. La figure 4 indique la prévalence de l’anémie chez les petits Cambodgiens de moins de 5 ans.


Figure 4
Prévalence de l’anémie chez les enfants cambodgiens âgés de 6 à 59 mois

Source : Enquête démographique et de santé 2000 pour le Cambodge.


Vitamine A La vitamine A est un oligoélément essentiel pour le fonctionnement normal des yeux, la croissance et le développement, la capacité de lutte contre la maladie, et la reproduction. Les carences en vitamine A, qui touchent quelque 100 millions de jeunes enfants du monde, sont les principales responsables de la cécité chez les enfants des pays en développement. Même une légère insuffisance peut affecter le système immunitaire d’un jeune enfant, ce qui réduit sa résistance à diverses maladies telles que le paludisme et la diarrhée. Pour les enfants souffrant de carences en vitamine A, le risque de mourir de maladies infantiles est de 25 % plus important que pour ceux dont la consommation de ce micronutriment est suffisante.

L’EDS pour le Cambodge n’a pas effectué une évaluation directe de l’importance des carences en vitamine A, mais elle a calculé le pourcentage d’enfants de moins de 5 ans ayant reçu des aliments riches en vitamine A dans les sept jours ayant précédé l’enquête. Plus des trois quarts des enfants de moins de 5 ans (76 %) avaient consommé des aliments riches en vitamine A (comme par exemple du potiron, des patates douces rouges ou jaunes ou des courges, des légumes à feuilles alimentaires, des fruits tels que les mangues, les papayes et les jacquiers et des sources de protéines telles que de la volaille, du poisson, des crustacés ou des œufs)11. Il est nécessaire de réaliser rapidement une évaluation plus approfondie de la prévalence des carences en vitamine A dans l’ensemble du Cambodge et d’intensifier les efforts actuels de distribution de gélules de vitamine A à forte dose pour lutter contre ces carences12.

Implications en matière politique

L’allaitement et les modalités d’alimentation complémentaire sont des facteurs permettant de prédire la nutrition des nourrissons et des enfants, leur santé et leur survie. Selon les données de l’enquête, les pratiques liées à l’allaitement au Cambodge sont nettement inférieures aux recommandations internationales. Il est nécessaire d’inclure une formation à l’allaitement et à l’alimentation dans le cadre des soins maternels et des efforts de prévention de la transmission du VIH de la mère à l’enfant, dans le cadre d’interventions communautaires renforcées pour les changements de comportement et avec le soutien de groupes au niveau national.

Tout investissement dans la nutrition infantile présente des avantages socio-économiques à court et à long termes, dont une réduction des coûts médicaux sur l’ensemble de la durée de vie, une amélioration des performances scolaires, un renforcement des capacités intellectuelles et une amélioration de la productivité adulte. Les conséquences de la sous-alimentation se font sentir pendant l’âge adulte. La satisfaction des besoins alimentaires de la population cambodgienne, jeune et en pleine croissance, est essentielle pour le maintien de son bien-être et de son développement psychologique, physique et social.


Références

  1. Association pour le développement international de la Banque mondiale (IDA), IDA : Providing for a healthier population, consulté en ligne à www.worldbank.org/ida/idahnp.htm, le 1er août 2002.
  2. National Institute of Statistics (NIS), Direction générale de la santé [Cambodge] et ORC Macro, Enquête démographique et de santé (EDS) 2000 pour le Cambodge (Phnom Penh, Cambodge, et Calverton, Maryland : NIS – Direction générale de la santé et ORC Macro, 2001) : 174.
  3. Organisation mondiale de la Santé (OMS), Nutrition and infant feeding, consulté en ligne à www.who.int/child-adolescent-health/
    NUTRITION/infant_exclusive.htm, le 3 août 2002.
  4. NIS – Direction générale de la santé et ORC Macro, Enquête démographique et de santé (EDS) 2000 pour le Cambodge : 164.
  5. Programme commun des Nations Unies sur le VIH/SIDA (ONUSIDA), Rapport sur l’épidémie mondiale du SIDA (Genève : ONUSIDA, 2002).
  6. NIS – Direction générale de la santé et ORC Macro, Enquête démographique et de santé (EDS) 2000 pour le Cambodge : 166.
  7. ONUSIDA, Rapport sur l’épidémie mondiale de SIDA.
  8. NIS – Direction générale de la santé et ORC Macro, Enquête démographique et de santé (EDS) 2000 pour le Cambodge : 166.
  9. NIS – Direction générale de la santé et ORC Macro, Enquête démographique et de santé (EDS) 2000 pour le Cambodge : 174.
  10. NIS Direction générale de la santé et ORC Macro, Enquête démographique et de santé (EDS) 2000 pour le Cambodge : 179.
  11. NIS – Direction générale de la santé et ORC Macro, Enquête démographique et de santé (EDS) 2000 pour le Cambodge : 185.
  12. Helen Keller International (HKI), “Vitamin A capsule distribution after the NID – lessons learned”, Cambodia Helen Keller International Nutrition Bulletin 1, no 2 (janvier 2000).

Pour plus d’infos

Veuillez contacter le Département de la planification et de l’information en matière de santé à l’adresse suivante : Department of Planning and Health Information, Ministry of Health, #151-153, Blvd Kampuchea Krom Ave., Phnom Penh, Cambodge
Téléphone : (855 23) 425 368
Adresse électronique : ratnary@bigpond.com.kh