(Septembre 2003) De nombreuses organisations du monde entier prennent en charge les questions de population, de santé et d’environnement en conjuguant les services et l’information sur la santé génésique, et les efforts de protection de l’environnement, ou en ajoutant les questions environnementales aux programmes pour la santé génésique ou pour l’éducation du grand public.

Les programmes de développement rural des années 70 et 80, ainsi que les projets intégrés de conservation et de développement (PICD), plus récents, ont constitué les premières tentatives d’intégration de plus grande ampleur. Les PICD représentent une démarche qui vise à répondre aux priorités sociales du développement et les buts de préservation. Ils se fondent donc sur le rapport existant entre le contexte social et l’environnement naturel1.

Les PICD ont été prisés dans la communauté de protection de l’environnement au milieu des années 80, à la suite de la création d’un grand nombre de parcs et d’aires protégées lors des années 70. Ils ont, au départ, été vigoureusement appuyés par les organisations de protection de l’environnement et les organismes de développement. Mais, à la suite d’évaluations et de débats critiques largement diffusés, portant sur les projets et leurs résultats, pendant les années 1990, l’efficacité de leur démarche a été remise en question dans le cadre des objectifs de la protection de l’environnement. Certains groupements s’inquiètent de la “dérive de la mission” à laquelle mènent l’intégration des activités démographiques et de préservation. En l’occurrence, les projets s’éloignent trop de leurs principaux objectifs et aptitudes2.

Aujourd’hui, les organisations pour la protection de l’environnement étudient de nouveaux moyens pour élaborer des programmes intégrés. Les projets plus récents sont en général de moindre taille que les PICD et s’appuient sur des partenariats intersectoriels, au lieu d’incorporer toutes les fonctions dans un seul projet3.

Une nouvelle génération de programmes intégrés de population, santé et environnement est actuellement mise en œuvre dans plusieurs pays, notamment en Équateur, au Guatemala, au Belize, à Madagascar, en Tanzanie et aux Philippines. La synergie produite par l’intégration des activités de planification familiale et de conservation dans des projets communautaires peut aboutir à des programmes plus efficaces et plus durables.

Dans ces projets de plus petite taille, les écologistes, les spécialistes de la santé et les experts du développement communautaire relient plusieurs facteurs, dont les contraintes environnementales, la fécondité, la migration, la santé des femmes, la situation éducative des femmes et les décisions économiques. Près de 50 projets de ce type ont été documentés et nombre sont en cours d’exécution par les groupes locaux de protection de l’environnement, les gouvernements nationaux et les organisations internationales, dans les zones sensibles de la biodiversité mondiale et les régions sauvages tropicales4.

Ces projets empruntent diverses stratégies pour incorporer des activités dans les secteurs de la démographie, de la santé et de l’environnement de leurs programmes. Cette démarche en “paliers” consiste à établir un programme unisectoriel, puis à y incorporer des activités d’un deuxième secteur. Conservation International (CI), une ONG internationale, a appliqué cette démarche par paliers dans les forêts éloignées de la région de Petén au Guatemala. Les collaborateurs du projet de CI ont relevé un besoin immédiat de services de santé génésique au sein de la petite population vivant dans la région. En raison de l’absence de soutien immédiat politique et communautaire en faveur de la conservation de l’environnement, CI, une organisation de services de protection de l’environnement et non pas une organisation de services de santé, a adapté ses plans et démarré la prestation de services de santé génésique. D’ordinaire, CI aurait constitué un partenariat avec des experts locaux établis de la santé génésique ; sa participation directe aux services de santé communautaires lui a offert un point d’entrée pour ses activités de conservation. Une fois ses services établis, CI a été en mesure d’intégrer ses activités de conservation5.

D’autres démarches comprennent l’introduction simultanée, en l’occurrence la présentation d’un certain nombre de programmes traitant de diverses questions, en même temps, en plus de la démarche de “passerelle” où les activités d’un secteur, la santé ou la protection de l’environnement par exemple, s’appuient mutuellement.

Un projet administré par Save the Children-USA, aux Philippines, a adopté une démarche “symbiotique” pour équilibrer les activités liées à la croissance démographique et la gestion environnementale des zones côtières. Dans cette démarche, les activités sont tributaires les unes des autres et sont gérées par les mêmes collaborateurs. En s’appuyant sur la recherche participative, la mobilisation communautaire et les projets pilotes, le projet de Save the Children a adopté différentes démarches pour comprendre comment la dynamique démographique affecte les modes de pêche. Une évaluation environnementale de site a étudié les conditions environnementales côtières, les pratiques de gestion des ressources, la dynamique démographique et les attitudes communautaires par rapport aux questions démographiques et environnementales. Des cartes d’information géographique ont permis de comparer les données démographiques et d’utilisation des sols datant d’il y a cinquante ans et celles relevant les tendances plus récentes. Les communautés locales ont réalisé des cartes tridimensionnelles soulignant les schémas actuels d’occupation des sols par rapport aux ressources environnementales6.

Ces démarches ont permis au projet d’élaborer des données de référence et de tenir des débats avec des groupes de discussion au sein des communautés et avec les décideurs locaux, sur la relation entre la mouvance démographique et l’occupation des sols, l’orientation de ces changements et les mesures éventuelles pour prendre en charge ces schémas. Lorsque les membres de la communauté ont compris que les pressions démographiques, associées à d’autres facteurs, aggravent la sédimentation du littoral et menacent les coraux et la pêche, ils ont lancé leurs projets de plantation de forêts communautaires et familiales, et ont eu volontairement recours aux services de planification familiale offerts au dispensaire local.

Ainsi, l’utilisation de méthodes modernes de planification familiale chez les couples en âge de procréer a augmenté de 7 % en moins de deux ans, et les communautés ont décidé d’amplifier la taille des zones de protection marine, prévues, passant de 12 à 103 hectares. Il s’agit certes d’un projet récent et de petite taille, mais sa réussite initiale offre un aperçu de la manière dont les communautés locales et les services gouvernementaux peuvent concevoir et mettre en œuvre des programmes intégrés de démographie, santé et environnement, pour la protection et le réaménagement de l’environnement côtier.

Les modèles d’écosystème sont également des outils de gestion de projet. Ces modèles permettent la présentation visuelle de divers scénarios, ce qui permet aux décideurs locaux et aux scientifiques d’évaluer diverses stratégies d’utilisation des sols. L’un de ces modèles, le modèle SAVANNA, appliqué dans l’écosystème du Serengeti, a été adapté pour être appliqué dans des régions aux Etats-Unis, notamment le parc national de Yellowstone au Wyoming, le parc national des Rocheuses au Colorado et le Wild Horse Range de Pryor Mountain, au Montana7.

D’autres efforts se sont axés sur la prise en charge et la mobilisation communautaires. En Afrique du Sud, un programme communautaire pour l’environnement et la santé génésique, a été lancé en 1998 dans deux circonscriptions rurales par le gouvernement, le Fonds des Nations Unies pour la population, l’association Planned Parenthood d’Afrique du Sud et le programme Working for Water. Le projet a été entrepris afin de rétablir les débits d’eau d’origine dans les fleuves et les cours d’eau. Il a créé de nombreux emplois, notamment pour les femmes et a été relié à la prestation de services de santé génésique8.


Roger-Mark De Souza est directeur technique du programme population, santé et environnement du Population Reference Bureau. John S. Williams est démographe au Population Reference Bureau. Frederick A.B. Meyerson est spécialiste en politiques de gestion publiques du Woodrow Wilson International Center for Scholars à Washington, D.C.


Références

  1. S. Worah, “International history of ICDPs “, dans Proceedings of integrated conservation and development projects lessons learned workshop (Hanoi : PNUD/Banque mondiale/World Wildlife Fund, 2000) ; et Ross Hughes et Fiona Flintan, Integrating conservation and development experience : a review and bibliography of the ICDP literature (Londres : International Institute for Environment and Development, 2001).
  2. Clare Ginger, “Organizational action for responding to population-environment linkages” (mémoire présenté à la conférence annuelle du Global Health Council, Washington, DC, 30 mai 2003) ; et communication personnelle, juillet 2003.
  3. Kathleen Mogelgaard, Helping people, saving biodiversity (Washington, DC : Population Action International [PAI], mars 2003) ; et Eckhard Kleinau et Jennifer Talbot, “When the whole is greater than the sum of its parts : integrated indicators for population-environment programs”, PECS News (Washington, DC : Woodrow Wilson Center, Environmental Change and Security Project, 2003).
  4. Jodie Riesenberger, Planting seeds meeting needs : new partnerships for community-based resource conservation and reproductive health (Washington, DC : PAI, 2002) : 5 ; Robert Engelman, Plan and conserve : a source book on linking population and environment services in communities (Washington, DC : PAI, 1998) ; Carolyn Gibb Vogel et Robert Engelman, Forging the link : emerging accounts of population and environment work in communities (Washington, DC : PAI, 1999) ; et FNUAP, State of world population 2001 : 50-51.
  5. John Williams, “Integrating population into environmental field projects”, PECS News (Washington, DC : Woodrow Wilson Center, Environmental Change and Security Project, 2001) ; et Rainera L. Lucero et Robert Layng, “Understanding reproductive health/natural resource management integration in the Philippines”, World Neighbors 28, no 2 (2002).
  6. Robert Layng, “Strengthening formative environmental research through the inclusion of population variables”, Population-Environment Fellows Newsletter (Ann Arbor, Michigan : hiver 2002/2003).
  7. Natural Resource Ecology Laboratory, Colorado State University, “Saving African and North American wildlife with the Savanna model”, News Notes, no 31 (2000), consulté en ligne sur www.nrel.colostate.edu/news/newsnotes/newsnotes31.html, le 22 août 2003.
  8. FNUAP, “Population, environment and poverty linkages : operational challenges”, Population and Development Strategies Series, no 1 (2001).

Cet article est extrait du Population Bulletin de PRB, “Critical links : population, health, and the environment”.