(Juillet 2004) L’expansion rapide de l’épidémie de VIH/sida en Asie, confirmée par l’augmentation frappante du nombre de nouvelles infections décelées en Chine, en Thaïlande et au Vietnam au cours de l’année écoulée, présente des défis particulièrement préoccupants à la communauté internationale des services de santé.

Un quart des 4,8 millions de nouveaux cas de séropositivité détectés dans le monde en 2003 l’ont été en Asie. Selon les estimations les plus récentes de l’ONUSIDA et de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), les chiffres enregistrés pour l’Asie et pour le monde entier représentent les augmentations les plus marquées depuis l’apparition de l’épidémie il y a plus de 20 ans.

Dans les pays de l’Asie du Sud-Est, notamment le Cambodge et le Vietnam, les épidémies ont pris des proportions particulièrement inquiétantes. Le taux national de séroprévalence au Cambodge  —  environ 3 %  —  est le plus élevé de l’Asie. À proximité, au Vietnam, le taux de séroprévalence chez les adultes est passé de 0,3 % en 2001 à 0,4 % en 2003 ; et, dans un foyer sur 75, au moins un membre est touché par le virus.


Tableau 1
Estimations mondiales d’infection par le VIH et par le sida pour 2003

Nombre de personnes vivant avec le VIH
37,8 millions
Afrique sub-saharienne
25 millions
Asie du Sud & du Sud-Est
6,5 millions
Amérique latine
1,6 million
Europe de l’Est & Asie centrale
1,3 million
Amérique du Nord
1 million
Asie de l’Est
900 000
Europe de l’Ouest
580 000
Caraïbes
430 000
Océanie
32 000

Le nouveau visage du sida en Asie

Les comportements à haut risque menacent d’intensifier l’épidémie en Asie, qui pour le moment demeure essentiellement concentrée au sein des populations d’utilisateurs de drogues injectables, d’hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes et des travailleurs du sexe, leurs partenaires et leurs clients. Bien que la Thaïlande ait enregistré une réduction du nombre de nouvelles infections, de 140 000 en 1991 à 21 000 en 2003, l’ONUSIDA mentionne des preuves croissantes du fait que le virus se répand maintenant chez les conjoints et les clients des travailleurs du sexe et au sein de groupes spécifiques tels que les travailleurs migrants et les utilisateurs de drogues injectables. Une étude réalisée à Bangkok en 2003 a révélé que plus de 15  % des hommes ayant eu des rapports sexuels avec d’autres hommes étaient séropositifs, et 21  % n’avaient pas fait usage du préservatif lors de leurs derniers rapports sexuels de rencontre. Au Bangladesh, le taux national de séroprévalence chez les adultes est relativement faible (0,1  %), mais selon l’ONUSIDA, les hommes continuent à avoir recours à la prostitution de manière beaucoup plus fréquente que dans toute autre zone de la région, et les travailleurs bangladeshi du sexe enregistrent le plus faible taux d’utilisation du préservatif de toute la région.

Dans la mesure où l’Asie est une région aux valeurs démographiques considérables, même un faible taux de séroprévalence peut représenter un nombre de victimes extrêmement élevé, et ces épidémies drainent les ressources mondiales déjà limitées. Avec une population totale combinée de plus de 2 milliards de personnes, la Chine et l’Inde représentent à elles seules un tiers de la population mondiale. Même si le taux de séroprévalence n’est que de 0,1 % en Chine et de l’ordre de 0,4 à 1,3 % en Inde, la tendance est à une expansion potentielle considérable de l’épidémie. Il existe déjà près de 5 millions de personnes qui vivent avec le virus en Inde, ce qui constitue le plus grand nombre de personnes séropositives en dehors de l’Afrique du Sud. Selon l’ONUSIDA, si des mesures efficaces ne sont pas mises en place, il pourrait y avoir quelque 10 millions de séropositifs en Chine d’ici 2010.

L’épidémie en Afrique se poursuit sans répit

Bien que les nouvelles données concernant le VIH/sida aient mis en exergue la situation en Asie, le nombre de décès attribuables au sida reste inchangé en Afrique sub-saharienne, où des facteurs tels que les rapports sexuels entre personnes de groupes d’âge différents et des taux élevés d’infections à transmission sexuelle ont contribué à disséminer le virus au plus profond de la population générale de la région. En 2003, l’Afrique sub-saharienne a enterré environ 75 % des 3 millions de victimes mortes du sida dans le monde entier. Bien que n’ayant que 10 % de la population mondiale, c’est dans cette région que l’on trouve quelque 66 % des personnes séropositives. Sept pays d’Afrique australe enregistrent des taux de séroprévalence de plus de 17 %, notamment le Botswana et le Swaziland, dont les taux dépassent 35 %.

De nos jours, le visage féminin du sida est plus prononcé en Afrique sub-saharienne que nulle part ailleurs. Il existe en effet 13 femmes infectées pour 10 hommes qui le sont, alors que ce ratio était de 12 à 10 en 2002. La différence est encore plus marquée chez les jeunes gens âgés de 15 à 24 ans. Le nombre de jeunes femmes séropositives par rapport aux jeunes garçons vivant avec le virus va de 20 à 10 en Afrique du Sud à 45 femmes pour 10 hommes au Kenya et au Mali. En outre, le sida a tué un, voire les deux parents de quelque 12 millions d’enfants en Afrique sub-saharienne.

Le renforcement de programmes nationaux : une nécessité incontournable

Selon l’ONUSIDA, les défis posés à la réduction du fardeau que représente le sida à l’échelle mondiale sont nombreux :

  • Les programmes doivent inclure un volet spécifique se concentrant sur les nombreux facteurs qui intensifient la vulnérabilité des femmes et des fillettes et les risques qu’elles courent — notamment les inégalités de nature sexuelle ou culturelle, la violence et le manque d’accès à l’information.
  • Les pays doivent en outre renforcer les programmes de prévention qui ne touchent pour le moment qu’à peine une personne à risque sur cinq. Dans les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire, seule une femme enceinte sur 10 s’est vue proposer des services de prévention de la transmission du VIH de la mère à l’enfant en 2003.
  • Dans les pays pauvres, les programmes de traitement sont insuffisants et doivent eux aussi être renforcés. Dans les pays en développement, seuls 7 % de ceux qui ont besoin de traitements contre le sida pour prolonger leur existence ont accès aux thérapies antirétrovirales. Qui plus est, le traitement s’accompagne d’un avertissement : il est indispensable que les pays s’assurent que leurs programmes sont viables pour éviter le développement de souches de VIH résistantes aux médicaments.

Par ailleurs, les dépenses mondiales pour la lutte contre le VIH/sida sont loin de ce qu’elles devront être dans un proche avenir. Selon les estimations de l’ONUSIDA, d’ici 2005, 12 milliards de dollars US devront être consacrés à la prévention et aux soins dans les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire. Cependant, les engagements mondiaux n’ont pas franchi la barre des 5 milliards de dollars US en 2003. Qui plus est, d’ici 2007, un montant d’environ 20 milliards de dollars US sera nécessaire pour répondre à tout un éventail de besoins : offrir à plus de 6 millions de personnes un accès aux thérapies antirétrovirales ; s’occuper de plus de 22 millions d’orphelins ; fournir des services de conseil psychologique et de dépistage du VIH à 100 millions d’adultes ; assurer une formation sur le VIH/sida dans les écoles, à l’intention de 900 millions d’étudiants ; et offrir des services de conseil assurés par des pairs à plus de 60 millions de jeunes non scolarisés.


Yvette Collymore est rédactrice principale au PRB.