(Février 2010) La mutilation génitale féminine, connue sous le nom d’excision ou de circoncision féminine, est l’ablation, la modification ou la lésion de la totalité ou d’une partie des organes génitaux féminins à des fins non médicales.1 Les effets souvent catastrophiques sur la santé et les personnes affectées sont bien connus et bien documentés, mais la raison pour laquelle la mutilation génitale féminine est toujours pratiquée et les meilleurs moyens de mettre fin à cette pratique néfaste font toujours l’objet de recherches et de débats.

Selon plusieurs études, la MGF est toujours pratiquée à cause de la culture et la tradition. Souvent citées pour justifier la poursuite de cette pratique est le fait que la possibilités de se marier est plus faible pour les filles non excisées. Des interviews menées lors d’Enquêtes Démographiques et de Santé (EDS) parmi les femmes qui ont subi cette intervention révèlent qu’« un mari préférera une femme qui a subi la MGF » et que « la circoncision empêche l’adultère ». Les hommes qui ont été interviewés ont cité les mêmes raisons dans des proportions plus élevées.2

Malgré certains succès pour mettre fin à la MGF – notamment en Egypte – le taux d’abandon reste faible.3 Une des approches utilisées pour lutter contre cette pratique néfaste a été le plaidoyer par message direct mais cette approche est souvent basée sur des attitudes critiques et accusatrices et semble avoir peu d’effet pour réduire cette pratique à long terme. Les messages qui se concentrent sur les risques médicaux et risques pour la santé de la MGF peuvent mener à une augmentation des interventions alternatives réalisées par des prestataires de santé professionnels.4

L’ancienne approche ne cible que celles qui sont affectées – en particulier les jeunes femmes – en supposant que la pratique est basée sur des décisions individuelles plutôt que collectives. Cette approche exclut souvent d’autres membres de la communauté, surtout des femmes plus âgées, qui sont perçues comme des obstacles aux changements positifs, voire même des agents prônant le maintien des traditions.

Une nouvelle approche de l’abandon de la MGF est le Projet des Grands-Mères (PGM). Le PGM est une organisation non-gouvernementale qui promeut la santé et le développement de communautés pauvres en Afrique, Asie et Amérique Latine. Le PGM implique des grand-mères en tant qu’agents actifs dans leurs communautés pour promouvoir la nutrition maternelle et infantile, le développement du jeune enfant et l’éducation et pour éliminer la mutilation génitale féminine et le VIH-SIDA.5 (Le Projet des Grands-Mères est appliqué par World Vision, avec l’aide technique du PGM. Le projet est financé par World Vision Canada, PGM, et l’Agence Américaine pour le Développement International).

Lancé au Laos en 1997, puis au centre du Sénégal, au Mali, en Ouzbékistan, en Albanie et dans le sud du Sénégal, le GMP a pour principal but de surmonter les à-priori négatifs contre les grands-mères et d’impliquer au contraire ces femmes âgées dans les efforts de la communauté pour améliorer la santé et le bien-être des femmes et des enfants. Selon un projet pilote qui documente l’implication des grands-mères sénégalaises dans la promotion de meilleures pratiques de nutrition de l’enfant et de santé maternelle, les résultats ont été encourageants.6

La première étape de l’étude a utilisé une méthode innovatrice pour informer les grands-mères au sujet des pratiques de nutrition au travers de contes et de chansons. Les données sur les femmes en âge de procréer ont été collectées dans les villages du Sénégal avant et après des programmes d’éducation des grands-mères. Dans les villages où ont eu lieu ces interventions, les femmes qui avaient été récemment enceintes ont indiqué une amélioration de leur grossesse et des pratiques de nutrition de 92 pour cent en moyenne comparé à 38 pour cent d’amélioration dans le groupe de contrôle où les grands-mères n’étaient pas impliquées. En plus des bénéfices sanitaires pour les jeunes mères et leurs enfants, l’étude a révélé un accroissement de l’estime personnelle parmi les grands-mères.

Sur la base de ce projet pilote, le PGM a été créé dans le contexte de la MGF. Le PGM a pour but d’apporter des changements positifs en incluant les grands-mères et les femmes âgées, groupe autrefois marginalisé. Le projet encourage une prise de décision commune et un apprentissage au travers de discussions ouvertes concernant les problèmes auxquels fait face la communauté. Le PGM espère que cela encouragera les membres de la communauté à identifier leurs problèmes et à parvenir à un consensus sur des solutions possibles qui répondent au mieux à leurs besoins, ce qui mènerait à des changements efficaces à long terme de pratiques néfastes.

Selon Judi Aubel, la fondatrice et la directrice du PGM, « Diminuer la MGF est un but majeur. Mais la stratégie que le PGM utilise n’aborde pas la MGF de façon linéaire et réductionniste comme le font de nombreux programmes ». Elle ajoute que le principal objectif est de travailler à l’amélioration holistique du bien-être intellectuel, spirituel, physique, moral et psychologique en tant que rite de passage alternatif à la MGF et de poursuivre des efforts pour renforcer les traditions culturelles positives et éliminer celles qui sont néfastes.

Les femmes âgées et les grands-mères jouent un rôle très important dans la plupart des communautés traditionnelles. Celles-ci jouissent d’un pouvoir matriarcal et on les consulte pour les questions de famille et la résolution de conflits. La MGF et d’autres pratiques néfastes contre les filles sont enracinées dans les valeurs culturelles et les grands-mères et les anciens sont connus comme étant les ‘gardiens’ de telles traditions.

En octobre 2009, 13 mois après le début du projet, une évaluation à mi-parcours menée dans la région du Vélingara au sud du Sénégal a révélé plusieurs changements.7 Le plus notable était une meilleure appréciation du rôle des grands-mères dans la dissémination de valeurs culturelles positives parmi les communautés pour mettre fin à la MGF ainsi qu’à d’autres pratiques culturelles néfastes, telles que le mariage précoce pour les filles et la violence contre les femmes.

En ce qui concerne les résultats à long terme, le personnel du projet espère que l’intervention du PGM va augmenter la reconnaissance que les communautés accordent à l’éducation intellectuelle, psychologique et morale des filles et à leur importance pour le bien-être de tous. Les grands-mères peuvent aider une communauté à prendre la décision collective d’arrêter la MGF.

Le Projet Sénégal a été appliqué par World Vision avec l’aide technique du PGM. Le projet a été financé par World Vision Canada, PGM et USAID.


Nadwa Mossaad est Associé de Recherche au Population Reference Bureau.


Références

  1. La terminologie afférant à cette pratique traditionnelle néfaste varie considérablement et de nombreuses organisations utilisent l’expression combinée mutilation génitale féminine /excision (MGF/E). Puisque le projet des Grands-Mères préfère la MGF, c’est le terme retenu dans cet article.
  2. IFC Macro, Enquêtes Démographiques et de Santé 2008 (Calverton, MD: IFC Macro, 2009).
  3. Charlotte Feldman-Jacobs et Donna Clifton, Female Genital Mutilation/Cutting: Data and Trends Update 2010 (Washington, DC: Population Reference Bureau, 2010), lu sur l’Internet à l’adresse suivante www.prb.org/pdf10/fgm-wallchart2010.pdf, le 26 janvier 2010.
  4. Organisation Internationale de la Santé, “Female Genital Mutilation and Other Harmful Practices,” lu sur l’Internet à l’adresse suivante www.who.int/reproductivehealth/topics/fgm/fgm_trends/en/index.html, le 26 janvier 2010.
  5. Le Projet des Grands-Mères, www.grandmotherproject.org.
  6. Judi Aubel, Ibrahima Toure et Mamadou Diagne, “Senegalese Grandmothers Promote Improved Maternal and Child Nutrition Practices: The Guardians of Tradition Are not Averse to Change,” Social Science and Medicine 59, no. 5 (2004): 945-59.
  7. Judi Aubel, “Dialogue to Promote Change From Within: A Grandmother-Inclusive and Intergenerational Approach to Promote Girls’ Health and Well-Being and to Eliminate FGM,” rapport non publié (février 2010).