(Novembre 2010) Avant même le séisme de janvier 2010, la population haïtienne, environ 10 millions d’habitants, était classée au rang des populations les plus pauvres de l’hémisphère occidental. Selon les estimations, le tremblement de terre a fait environ 250 000 morts et 300 000 blessés, et rasé les foyers et les entreprises d’un autre million de personnes. Port-au-Prince, la capitale d’Haïti et sa plus grande ville, s’est trouvée à l’épicentre du tremblement de terre et a subi les plus graves dégâts. La majorité de ses autres 2,1 millions d’habitants reste encore aujourd’hui sans logement permanent, ni services publics ou ni source de revenus.1

Ces dégâts sont dévastateurs pour les Haïtiens et pour l’économie haïtienne. En 2008, le revenu moyen annuel de cette nation des Caraïbes était de 1 108 USD par habitant. En 2005, selon les estimations, 72 % des Haïtiens vivaient avec moins de 2 USD par jour. Le faible niveau de santé et d’instruction reflète cette pauvreté généralisée. Près de la moitié de la population haïtienne est classée dans la catégorie sous-alimentée et 49 enfants sur 1 000 meurent avant leur premier anniversaire. La scolarité est gratuite, mais le coût des uniformes, des manuels scolaires et autres fournitures empêche de nombreux enfants de fréquenter l’école. Avant le séisme, seuls 65 % des enfants en âge de fréquenter l’école élémentaire y étaient inscrits et bien que les écoles aient rouvert leurs portes, leur fréquentation reste bien inférieure au niveau pré-séisme.2

Haïti affronte également l’une des plus graves épidémies de VIH-sida de la région. Selon les données d’enquêtes, plus de 2 % des adultes sont séropositifs.3 Le pourcentage recevant un traitement antirétroviral a augmenté mais reste bien en-dessous des niveaux de traitement visés. Selon les experts, les faibles niveaux d’éducation et la pauvreté généralisée sont les obstacles entravant la réduction de la transmission du VIH.

Une prévalence du VIH élevée et une forte mortalité infantile, une malnutrition généralisée et le manque d’eau non contaminée sont parmi les problèmes sanitaires qui contrecarrent l’amélioration de l’espérance de vie en Haïti ; celle-ci, à la naissance, est de 62 ans pour les Haïtiennes et de 58 ans pour les Haïtiens, c’est-à-dire inférieure à celles des autres pays d’Amérique Latine et des Caraïbes, et inférieure de 10 ans à la moyenne régionale.

La pauvreté et la haute natalité vont souvent de pair et le taux de fécondité en Haïti est, et de loin, le plus élevé des Caraïbes : 3,5 naissances finales par femme en 2010. Selon une enquête démographique et de santé de 2005-2006, les femmes les plus pauvres, c’est-à-dire celles du plus bas quintile de patrimoine, ont 6,5 enfants en moyenne. Les femmes dénuées d’instruction formelle ont 5,8 enfants en moyenne.

La fécondité a certes chuté—elle était estimée à 4,8 enfants par femme en 1994-1995—, mais elle n’a pas connu la régression rapide enregistrés dans les pays voisins. Dans toute l’Amérique Latine, seuls quelques pays, y compris la Bolivie, le Guatemala et le Honduras, signalent une fécondité équivalente ou supérieure à celle d’Haïti en 2010.


Démographie et indicateurs essentiels : Haïti








Population totale en 2010 (en millions) 9,8
Population totale en 2050 (en millions) 15,7
Population de moins de 15 ans (%) 37
Population de plus de 65 ans (%) 4
Nombre moyen de naissances par femme 3,5
Espérance de vie à la naissance (en années) 61
Taux de mortalité infantile (morts à moins d’un an pour 1 000 naissances) 49

Source: Carl Haub, 2010 World Population Data Sheet (Washington, DC: Population Reference Bureau, 2010).

Pour plus d’information, cf. la page du PRB sur Haïti.


Selon l’enquête de 2005-2006, seul un quart des Haïtiennes en âge de procréer a recours à une méthode efficace de planification familiale, un chiffre inférieur de moitié à la moyenne caribéenne. Le taux d’utilisation des contraceptifs n’a quasiment pas évolué depuis 2000. Les femmes des ménages les plus pauvres ou qui ont peu d’instruction sont bien moins susceptibles d’utiliser une méthode efficace, pourtant nombreuses sont celles qui disent vouloir éviter une grossesse. En 2005-2006, quelque 30 % des femmes qui n’avaient recours à aucune planification familiale déclaraient souhaiter prévenir une autre grossesse et 17 % affirmaient préférer différer de deux ans au moins une grossesse.4

De nombreux Haïtiens ont émigré à la recherche de meilleures opportunités dans d’autres pays. D’ordinaire, les Haïtiens les plus instruits émigrent, et la main-d’œuvre nationale se compose des Haïtiens moins instruits. Selon les estimations, un Haïtien sur huit vit à l’étranger et leurs envois de fonds au pays constituent une importante source de revenus pour leurs familles. La République Dominicaine, sur l’île d’Hispaniola, reçoit depuis toujours de nombreux Haïtiens, car Haïti en est limitrophe. De 700 000 à un millions d’Haïtiens vivent en République Dominicaine, bon nombre y ont des emplois peu spécialisés, notamment dans la production de la canne à sucre.5 En-dehors des Caraïbes, des communautés haïtiennes énergiques sont installées aux États-Unis, au Canada et en France.

Selon certains analystes, le tremblement terre aurait interrompu et peut-être même mis fin à des initiatives de développement économique prometteuses, qui commençaient à porter des fruits. Pour d’autres, la résilience des Haïtiens est porteuse d’espoir et offre la possibilité de reconstruire Port-au-Prince et ses environs et les rendre plus sûrs, sains et efficients. Pour l’heure, des milliers d’Haïtiens n’ont ni nourriture, ni services d’hygiène, ni abri suffisants, et ce en dépit de l’importante aide internationale pour Haïti annoncée après janvier 2010. Seule une fraction des 5,3 milliards USD promis est arrivée et les projets de reconstruction ont été freinés par l’inefficience et une infrastructure endommagée. Un sixième des fonctionnaires de l’État ont disparu dans le séisme et presque tous les bâtiments officiels ont été endommagés.6 En raison du manque de recettes fiscales et de l’incertitude de l’aide annoncée, le gouvernement affronte un défi de taille : répondre aux besoins fondamentaux de ses citoyens tout en s’efforçant de restaurer le système économique et de conserver l’espoir d’un meilleur avenir.


Mary Mederios Kent est rédactrice démographique principale au Population Reference Bureau.


Références

  1. Département d’État des États-Unis : « Country Background Notes : Haiti, » consulté sur www.state.gov/r/pa/ei/bgn/1982.htm, 21 sept. 2010 et Division Population de l’ONU : « Perspectives d’urbanisation mondiale : Révision 2009, données en ligne » consulté sur http://esa.un.org/wup2009/unup/p2k0data.asp, 21 sept. 2010.
  2. Département d’État des États-Unis : « Country Background Notes : Haïti ».
  3. ONUSIDA, Rapport mondial sur l’épidémie de sida 2008, consulté sur www.unaids.org/en/KnowledgeCentre/HIVData/GlobalReport/2008/2008_Global_report.asp, le 22 sept. 2010.
  4. Michel Cayemittes et al., Enquête Mortalité, Morbidité et Utilisation des Services EMMUS-IV: Haïti 2005-2006 (Calverton, MD: Ministère de la Santé Publique et de la Population, Insititut Haïtien de l’Enfance et Macro International, Inc., 2007).
  5. James Ferguson, Migration in the Caribbean: Haiti, the Dominican Republic, and Beyond (Londres : Minority Rights International, 2003), consulté sur www.oas.org/atip/regional%20reports/migrationinthecaribbean.pdf, le 16 sept. 2010.
  6. « Haiti’s Earthquake: Frustration Sets In, » The Economist (29 juillet 2010), consulté sur www.economist.com/node/16703395, le 28 sept. 2010.