(Mars 2008) Depuis de nombreuses années, les bailleurs de fonds et les gouvernements concentrent leur attention sur la planification familiale en Afrique de l’Ouest, tant pour améliorer la santé maternelle et infantile que pour renforcer le développement économique. Cependant, vue l’ampleur prise par la pandémie du VIH-sida dans la région, la planification familiale a enregistré une réduction de ces efforts. La plupart des experts reconnaissent que l’Afrique subsaharienne est en transition et enregistre une réduction du nombre de naissances par femme, encore que le recours à la planification familiale ait enregistré une augmentation lente et demeure aujourd’hui relativement faible. Le mariage précoce, la pression sociale pour avoir beaucoup d’enfants et un accès limité à l’éducation sont au nombre des facteurs qui empêchent la fécondité de diminuer plus rapidement.1

Les experts de la planification familiale adoptent souvent une perspective régionale de la planification familiale et se réfèrent à la région de l’Afrique de l’Ouest comme un tout, mais cette perspective risque de masquer les fluctuations de la prévalence, la combinaison des méthodes et les caractéristiques des clients d’un pays à l’autre. Ces moyennes sont utiles pour comparer l’Afrique de l’Ouest à d’autres régions, car elles fournissent des informations au niveau macro, alors que d’autres facteurs, tels que l’économie, la gouvernance et le fardeau de la maladie, constituent des déterminants importants de l’utilisation de la contraception au niveau individuel. Cependant, lorsque l’on examine les variations à l’intérieur d’une région, notamment aux niveaux national ou sub-national ou au sein de groupes spécifiques, comme les résidents des zones rurales, les pauvres ou les jeunes, on obtient une idée beaucoup plus claire de la manière dont les efforts de planification familiale fonctionnent dans différents contextes.

Cet article est le premier d’une série de deux examinant les tendances et les schémas d’utilisation de la planification familiale en Afrique de l’Ouest. L’article suivant portera sur trois pays de la région — le Burkina Faso, le Ghana et le Mali — pour illustrer les similarités et les différences. (Données tirées de La planification familiale dans le monde 2008, publié par le Population Reference Bureau.)

L’Afrique de l’Ouest dans son contexte

Au cours des dix dernières années, l’utilisation de la planification familiale par les femmes mariées en Afrique de l’Ouest est passée de 6,3 % à 13,9 %.2 Bien que les taux d’utilisation de la planification familiale aient plus que doublé, l’Afrique de l’Ouest demeure en retard par rapport aux autres régions de l’Afrique, comme l’indique la figure ci-dessous.


Prévalence des contraceptifs en Afrique, par région
Pourcentage de femmes âgées de 15 à 49 ans utilisant des contraceptifs

Notes : Estimations basées sur les données les plus récentes disponibles entre 1998 et 2007. Ces pourcentages incluent les femmes mariées ou en union libre.
Afrique du Nord : Algérie, Égypte, Libye, Maroc, Soudan, Tunisie.
Afrique de l’Ouest : Bénin, Burkina Faso, Cap-Vert, Côte d’Ivoire, Gambie, Ghana, Guinée, Guinée-Bissau, Liberia, Mali, Mauritanie, Niger, Nigeria, Sénégal, Sierra Leone, Togo.
Afrique de l’Est : Burundi, Comores, Djibouti, Érythrée, Éthiopie, Kenya, Madagascar, Malawi, Maurice, Mozambique, Ouganda, Rwanda, Somalie, Tanzanie, Zambie, Zimbabwe.
Afrique centrale : Angola, Cameroun, Congo, Gabon, République centrafricaine, République démocratique du Congo, Sao Tome et Principe, Tchad.
Afrique australe : Afrique du Sud, Botswana, Lesotho, Namibie, Swaziland.

Source : Donna Clifton, Toshiko Kaneda et Lori Ashford, La planification familiale dans le monde 2008


L’emploi de la planification familiale reste faible, donnant un taux moyen extrêmement élevé de naissances par femme dans la région, soit 5,7. Qui plus est, étant donné la jeunesse de la population de l’Afrique de l’Ouest, le nombre de femmes en âge d’avoir des enfants devrait augmenter de 69 millions en 2008 à 83 millions en 2015. La combinaison de cette forte fécondité et du nombre croissant de femmes en âge d’avoir des enfants présente un cadre idéal pour une croissance démographique rapide continue et crée des défis considérables pour répondre aux différents besoins de chacun des groupes.

Les contraceptifs oraux : l’approche régionale la plus commune à la planification familiale

Sur les 13 % de femmes mariées ayant recours à la planification familiale en Afrique de l’Ouest, deux sur trois ont utilisé une méthode moderne ; le tiers restant s’en remet à une méthode traditionnelle. En d’autres termes, moins d’une femme mariée sur 10 âgée de 15 à 49 ans se sert d’une méthode moderne et efficace de planification familiale, et la grande majorité ne fait rien pour éviter une grossesse.

La méthode la plus utilisée dans la région reste le contraceptif oral, sélectionné par 3 % des femmes. Ensuite viennent les contraceptifs injectables, les préservatifs et l’abstinence périodique, utilisés chacun par 2 % des femmes de la région. La première rangée du tableau ci-dessous illustre la prévalence de l’utilisation des contraceptifs par méthode pour l’Afrique de l’Ouest.


Pourcentage de femmes mariées âgées de 15 à 49 ans utilisant la planification familiale, par méthode, Afrique de l’Ouest, 2003-2005

  Afrique de l’Ouest
Méthodes modernes
  Méthodes hormonales 5
  DIU 1
  Preservatifs 2
  Autres méthodes modernes 1
Méthodes traditionnelles 4
Total—toutes methodes 13

Note: les méthodes hormonales incluent la pilule et les injections.
Source : Donna Clifton, Toshiko Kaneda et Lori Ashford, La planification familiale dans le monde – 2008.


Bien que les taux d’utilisation des contraceptifs demeurent relativement faibles, 23 % des femmes de la région en âge d’avoir des enfants ont indiqué qu’elles préfèreraient éviter une grossesse, mais elles n’utilisent aucune méthode de planification familiale. C’est ce que l’on appelle les besoins non satisfaits de planification familiale. Sept sur 10 de ces femmes souhaitent espacer leurs grossesses. Elles voudraient avoir des enfants plus tard, dans l’avenir, mais souhaitent reporter leur prochaine grossesse. Une proportion plus modeste de femmes (3 sur 10) a indiqué qu’elles préfèreraient en fait ne plus tomber enceintes et souhaitent limiter le nombre de leurs enfants.

Les taux d’utilisation de la planification familiale sont plus faibles chez les femmes pauvres que chez leurs homologues des groupes plus aisés, comme c’est souvent le cas pour divers services de santé. Pour évaluer les tendances d’utilisation de la planification familiale entre les différents groupes économiques, nous divisons les femmes en cinq groupes — représentant chacun environ 20 % du total — en fonction de leur richesse (mesurée en fonction des biens appartenant au ménage). Dans le groupe le plus pauvre des femmes de la région, 4 % seulement utilisent des services de planification familiale sous une forme ou une autre, modernes ou traditionnels. Par contre, 20 % des femmes du groupe le plus riche ont recours à la planification familiale. Bien que les taux de prévalence soient cinq fois plus élevés que pour le groupe le plus pauvre, ils demeurent faibles au sein du groupe le plus riche en Afrique de l’Ouest comparé à d’autres régions. En Afrique australe, par exemple, le taux de prévalence au sein du groupe le plus riche est de 69 %.

Le prochain article de cette série analysera les variations des taux d’utilisation des contraceptifs et les besoins non satisfaits de services de planification familiale en Afrique de l’Ouest en examinant les tendances au Ghana, au Burkina Faso et au Mali.


Jay Gribble est directeur du projet BRIDGE au Population Reference Bureau.


Références

  1. John Caldwell et Pat Caldwell « Fertility Transition in Sub-Saharan Africa » (exposé présenté lors de la Conférence sur la fécondité et les problèmes actuels de pauvreté, du VIH-sida et de la jeunesse en Afrique du Sud, organisée à Pretoria, Afrique du Sud, le 24 octobre 2002).
  2. Donna Clifton, communication avec l’auteur, 2008.