(Novembre 2003) Les effets persistants d’une longue guerre civile, les fluctuations climatiques et les maladies infectieuses représentent des menaces majeures au Mozambique, pays d’Afrique australe dont la majorité des quelque 17,5 millions d’habitants vit dans la pauvreté en zone rurale.

Selon le rapport 2002 des Nations Unies concernant les progrès accomplis par le Mozambique pour atteindre les objectifs du millénaire, près des deux tiers des habitants sont pauvres, avec une incidence légèrement supérieure dans les zones rurales.1 La Banque mondiale estime que le revenu par habitant est de l’ordre de US $ 226, par rapport à US $ 500 en Angola, un autre pays lusophone qui lutte pour se défaire de l’influence persistante d’un confit civil beaucoup plus long.2

Suivant les estimations du Comité des Etats-Unis pour les réfugiés, la guerre de 16 ans au Mozambique qui s’est achevée avec l’accord de paix signé en 1992 par le gouvernement et les forces rebelles a eu un impact négatif considérable sur la population. Les combats ont détruit l’essentiel de l’infrastructure nationale, causé 1 million de décès et déraciné près de 6 millions de personnes.3

Situé au bord de l’Océan indien, le Mozambique doit relever maints autres défis. Les conditions climatiques et météorologiques extrêmes frappent régulièrement sa population — comme par exemple les inondations de 2000 et 2001, qui ont balayé les centres de soins, endommagé les sources d’approvisionnement en eau potable et en aliments et détruit des abris dans plusieurs régions du pays. Plus récemment, la sécheresse a provoqué des crises alimentaires au Mozambique et dans divers autres pays d’Afrique australe.

Ce type de défis a ralenti le développement du pays. Le Mozambique s’est classé parmi les derniers pays sur la liste 2003 du Programme des Nations Unies pour le Développement, qui établit l’Indice de Développement Humain des états membres en fonction de leurs résultats dans les domaines de l’éducation, du niveau de vie, et de l’espérance de vie. Sur 175 nations, seuls cinq autres — le Burundi, le Mali, le Burkina Faso, le Niger et la Sierra Leone — ont enregistré des performances plus faibles que le Mozambique.4

A bien des égards, les progrès sont encore plus lents pour les femmes. En effet, la faiblesse des niveaux d’alphabétisation rend ces dernières particulièrement vulnérables à la pauvreté. Et bien que l’écart entre l’alphabétisation des hommes et des femmes se soit quelque peu réduit entre 1990 et 2000, le pourcentage des hommes âgés de 15 ans et plus qui savent lire et écrire est plus du double de celui des femmes. Le taux d’alphabétisation féminine était de 28 % en 2000, contre 60 % pour les hommes. En 1990, ces taux étaient de 18 % pour les femmes et 49 % pour les hommes, selon les estimations publiées par le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) dans son rapport sur l’Etat de l’Enfance dans le monde pour 2003.5

Les maladies telles que le paludisme sont également source de problèmes considérables, surtout pour les femmes enceintes et leurs nourrissons dans un pays où les femmes ont en moyenne près de cinq enfants. Le paludisme, l’anémie grave chez les femmes enceintes et le faible poids des bébés à la naissance sont autant de facteurs qui contribuent à la maladie et au décès d’enfants en bas âge. Selon l’Organisation mondiale de la Santé, plus de 1000 enfants de moins de cinq ans sur 100 000 meurent du paludisme, contre un peu plus de 70 au Botswana, qui est beaucoup plus riche, et moins de 700 en Tanzanie, pays situé au nord du Mozambique.6

Les maladies telles que le paludisme et le VIH-SIDA érodent certaines des mesures clés du bien-être des populations. Les estimations au sein de l’Afrique sub-saharienne révèlent des fluctuations entre les niveaux d’espérance de vie, allant de 75 ans à la Réunion, département d’outre-mer français, à 34 ans seulement au Mozambique, selon les Fiches de données sur la population mondiale de 2003 publiées par le PRB.7 Les chiffres pour le Mozambique sont nettement inférieurs à la moyenne de 48 ans pour l’ensemble de l’Afrique sub-saharienne et s’élèvent à moins de la moitié de la moyenne de 76 ans pour les populations des pays plus avancés.

Les taux de séropositivité du Mozambique ont augmenté de manière spectaculaire au cours des dernières années. Les tests sur les femmes enceintes réalisés dans les cliniques de soins prénatals de la capitale, Maputo, révèlent l’augmentation des taux de séropositivité de moins de 1 % en 1988 à 9,9 % en 1998 et à près de 13 % depuis 2000, selon les chiffres du Programme conjoint des Nations Unies contre le VIH-SIDA (ONUSIDA). Et les niveaux sont supérieurs à l’extérieur de Maputo. Les niveaux de séroprévalence chez les patients des cliniques de traitement des infections à transmission sexuelle en-dehors de la capitale étaient de 37 % pour les hommes en 1998 et de 26 % pour les femmes en 1997. Selon les estimations de l’ONUSIDA, 1,1 million d’adultes et d’enfants étaient séropositifs à la fin 2001, et le taux de séroprévalence chez les adultes de 15 à 49 ans était d’environ 13 %.8


Indicateur Données
Population mi-2003 17 500 000
Population 2025 (projections) 17 500 000
Population 2050 (projections) 19 000 000
Taux de mortalité infantile (décès de nouveaux nés pour 1.000 naissances vivantes) 201
Indice synthétique de fécondité (nombre moyen d’enfants par femme durant son existence) 5,1
Population de moins de 15 ans (%) 45
Population de plus de 65 ans (%) 3
Espérance de vie à la naissance, pour les deux sexes (en années) 34
Espérance de vie à 1a naissance, hommes (en années) 33
Espérance de vie à la naissance, femmes (années) 34
Population urbaine (%) 29
Population âgée de 15 à 49 ans séropositive à la fin 2001 (%) 13
Usage des contraceptifs chez les femmes mariées âgées de 15 à 49 ans, toutes méthodes confondues (%) 5
Usage des contraceptifs chez les femmes mariées âgées de 15 à 49 ans, méthodes modernes (%) 5
Opinion du gouvernement quant au taux de natalité trop élevé
Accouchements en présence de personnel qualifié (%) 44
Nombre de décès maternels pour 100 000 naissances vivantes 980

Sources : Carl Haub, Fiches de données sur la population mondiale, édition 2003 (Washington, DC : PRB, 2003) ; et Justine Sass et Lori Ashford, Les femmes de notre monde — édition 2002 (Washington, DC : PRB, 2002). Toutes ces informations sont aisément accessibles avec le DataFinder du PRB.


Yvette Collymore est rédacteur principal au PRB.


Références

  1. Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), “Rapport sur les objectifs de développement pour le millénaire : le Mozambique”, consulté en ligne à www.undp.org/mdg/countryreports.html le 18 novembre 2003.
  2. Banque mondiale, “Mozambique Country Brief”, consulté en ligne à www.worldbank.org/afr/m/ctry_brief.htm, le 18 novembre 2003.
  3. Commission des Etats-Unis pour les réfugiés, “Country Report ; Mozambique (1997)”, consulté en ligne à www.refugees.org/world/countryrpt/
    africa/1997/mozambique.htm, le 18 novembre 2003.
  4. PNUD, Rapport sur le développement humain 2003, (New York, PNUD, 2003), consulté en ligne à www.undp.org/hdr2003/pdf/hdr03_complete.pdf, le 18 novembre 2003.
  5. Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), Etat de l’enfance du monde 2003 (New York : UNICEF, 2003).
  6. Division des statistiques de l’Organisation des Nations Unies, base de données des indicateurs du millénaire, “Taux de mortalité pour le paludisme pour 100 000 enfants âgés de 0 à 4 ans (OMS)”, consulté en ligne à http://milleniumindicators.un.org le 18 novembre 2003.
  7. Carl Haub, Fiches de données sur la population mondiale — édition 2003 (Washington, DC : PRB, 2003).
  8. Programme conjoint des Nations Unies, de l’UNICEF et de l’OMS pour la lutte contre le VIH-SIDA, “Fiches épidémiologiques par pays”, consulté en ligne à www.who.int/emc-hiv/fact_sheets/All_countries.html, le 18 novembre 2003.