(Janvier 2005) À mesure que s’accroît le nombre de victimes (s’élevant à plus de 150 000) à la suite du raz-de-marée du mois dernier dans l’océan Indien, les femmes qui ont survécu au désastre sont maintenant confrontées à des défis de taille, tels que l’accès aux soins de santé maternelle et reproductive, la protection contre les sévices sexuels dans les camps de réfugiés, et peut-être aussi la prise en charge de nouveaux rôles tels que celui de soutien de famille principal.

“Cela ne diffère guère d’une situation de conflit”, affirme Sandra Krause, directrice du programme de santé de la reproduction à la Commission des femmes pour les femmes et enfants réfugiés, un organisme à but non-lucratif basé à New York et affilié au Comité international de secours. “À chaque étape de l’effort d’aide et de reconstruction, il faut répondre aux besoins particuliers des femmes”.

Fournir des soins de santé reproductive et empêcher la transmission du VIH

Selon Krause et d’autres spécialistes, la réponse au raz-de-marée dans l’océan Indien reflète la prise de conscience de la communauté internationale durant la dernière décennie envers la façon dont les désastres naturels et les conflits armés affectent les femmes et les enfants. Le besoin est très élevé : le raz-de-marée a laissé des femmes sans accès aux services de santé vitaux dans les zones affectées en Indonésie, en Inde, au Sri Lanka et dans d’autres pays, détruisant de nombreuses cliniques et laissant les sages-femmes et prestataires de services sanitaires déplacés et sans ressources. Le Fonds mondial pour la population des Nations-Unies estime que 500 000 femmes et filles au seul Sri Lanka ont été déplacées.

Le UNFPA affirme aussi qu’au moins 150 000 femmes dans les régions affectées par le raz-de-marée sont actuellement enceintes ou peuvent faire face à des complications durant leur grossesse, y compris des fausses couches provoquées par le choc. En outre, plus de 50 000 femmes dans les communautés affectées vont donner le jour dans les trois prochains mois.

Toutefois, une série de recommandations internationales mises au point par des agences de l’ONU, des ONG et des représentants du gouvernement -(le nécessaire de service initial minimal ou MISP pour le sigle anglais) cherche à garantir que les besoins en soins de santé reproductive et maternelle soient assurés durant les situations caractérisées par la présence de réfugiés. Ces recommandations ont été identifiées afin d’empêcher la morbidité et la mortalité néonatales et maternelles, réduire la transmission du VIH, empêcher et gérer les conséquences de la violence sexuelle et planifier l’offre de services de santé reproductive complets au fur et à mesure que la situation le permet.

“Il s’agit d’une série prioritaire d’activités pour tout type d’urgence humanitaire, bien qu’elle soit parfois méconnue des agences humanitaires.” affirme Krause, qui a travaillé dans des régions affectées par des conflits au Tchad, en Somalie, dans l’est du Soudan et en Thaïlande, entre autres.

Krause affirme que le UNFPA a réagi rapidement en distribuant des nécessaires de fournitures médicales aux sages-femmes ainsi que des nécessaires essentiels d’accouchement aux femmes dans les zones sinistrées. Les nécessaires d’accouchement incluent des accessoires pour assurer l’accouchement sans risques du bébé, dont du savon, des toiles en plastique à étendre au sol, une lame de rasoir propre pour couper le cordon ombilical, une morceau de ficelle pour l’attacher et du tissu pour envelopper le bébé tout de suite après la naissance.

Le UNFPA a aussi distribué des nécessaires d’hygiène personnelle et des vêtements aux femmes dans les zones sinistrées, un besoin crucial dans ces sociétés traditionnelles, selon Janet Momsen, professeur de géographie économique à l’Université de Californie-Davis qui a écrit de nombreux articles sur les questions de relations homme-femme et de développement en Asie du Sud.

“La perte de l’intimité représente également un problème majeur pour les femmes en termes d’attentes culturelles dans ces sociétés patriarcales” dit Mosmen. Elle ajoute que les femmes docteurs sont cruciales pour l’effort d’aide, car de nombreuses femmes en Asie du Sud n’iront pas consulter un docteur de sexe masculin.

Le MISP souligne aussi les mesures à prendre pour réduire la transmission du VIH dans les situations de réfugiés, y compris le respect des précautions universelles contre le virus tels que l’utilisation de préservatifs et la manière de disposer correctement des seringues pour les toxicomanes utilisant des drogues intraveineuses.

Selon Krause, cet effort inclut la distribution gratuite de préservatifs aux réfugiés et personnel d’aide en accord avec la culture locale. “Cela ne signifie pas que nous faisons une campagne de sensibilisation au VIH ou les distribuons de façon visible, ce qui pourrait offenser certaines personnes” dit-elle.

Éliminer la menace de violence sexuelle

Le personnel des agences humanitaires est aussi très soucieux de la possibilité de violence sexuelle à grande échelle contre les femmes et les filles déplacées à la suite du raz-de-marée. Dix jours après le désastre, le UNFPA avait déjà signalé des incidents d’exploitation sexuelle, de viol et même de viol collectif dans certaines zones sinistrées.

Cependant, la protection de ces femmes et filles implique davantage qu’une sécurité accrue dans les centres de réfugiés. La manière dont l’aide est distribuée aux réfugiés ou l’éclairage et l’emplacement des latrines dans les camps peuvent même augmenter les risques d’agression pour les femmes, selon Wendy Young, directrice des relations extérieures pour la Commission des femmes sur les femmes et enfants réfugiés.

“Quand les femmes deviennent les réceptrices passives de l’aide et ne sont pas impliquées dans sa distribution, on les met sans le vouloir dans une situation vulnérable.” dit Young. “Elles doivent aborder le personnel et demander de l’aide, qui peut être offerte par des personnes qui veulent leur faire du mal”. Krause et Mosmen ajoutent toutes deux que les femmes dans les camps de réfugiés sont souvent forcées d’échanger des faveurs sexuelles contre des denrées de survie car elles ne se sentent pas en sécurité pour sortir et aller chercher du combustible, de la nourriture ou de l’eau potable pour elles-mêmes ou leurs familles.

Le MISP recommande que les femmes qui ont été victimes d’agression sexuelle ou de viol aient un accès immédiat aux soins médicaux et à la contraception d’urgence pour empêcher les grossesses. L’ensemble des mesures recommande en outre que les efforts d’aide incluent du personnel qui puisse fournir des soins cliniques appropriés aux victimes de viol. Krause affirme que des efforts en ce sens ont été réalisés afin de répondre à ces besoins à la suite du raz-de-marée, tels que la distribution par le UNFPA de nécessaire de traitement d’urgence pour victimes de viol.

Young affirme que les premiers rapports lui permettent d’être relativement optimiste sur ces efforts ainsi que sur la protection des femmes réfugiées contre les pratiquants de la traite des femmes. “Dans le contexte d’un effort d’aide difficile et exceptionnel” dit-elle, “la communauté internationale semble être consciente de l’importance de ces objectifs. “

Les femmes assument souvent de nouveaux rôles quand elles reconstruisent leur vie

Sans programmes et aide ciblés et à long terme, de nombreuses femmes qui ont survécu au désastre auront toutefois des difficultés à faire la transition de centres de réfugiés vers la communauté, selon Mosmen.

“Les revenus de nombre de ces femmes auront été liés à l’activité de pêche ou d’agriculture de leurs maris, et celles-ci n’ont plus lieu” dit Mosmen. “Certaines de ces femmes avaient peut-être de petits magasins ou quelques animaux domestiques pour le lait et les œufs. Il semble que toutes les petites entreprises de ce genre aient été détruites [dans les zones sinistrées du Sri Lanka].”

Mosmen encourage les efforts de reconstruction à se concentrer tout d’abord sur la reconstruction des écoles et des cliniques qui fournissent des services, des emplois et (dans le cas des écoles) un sentiment d’appartenance et de normalité pour les enfants.

De nombreuses survivantes, toutefois, auront à assumer la charge de gagner leur vie ainsi que de s’occuper des membres de famille restants. “Nous avons trouvé, dans les Balkans, que ces femmes ont dû changer leur façon d’être” dit Elaine Hanson, directrice académique pour le Centre international de la psychologie des désastres de l’Université de Denver et professeur assistante de psychologie à l’université. Hanson ajoute que de telles femmes auront besoin de formation professionnelle et financière ainsi que de soutien pour assumer leur nouveau rôle.

“Le simple fait de stabiliser la situation va exiger beaucoup, beaucoup de temps”, affirme Krause. “La reconstruction prendra encore plus de temps.”


Robert Lalasz est éditeur en chef au PRB.