(Mars 2003) La révision 2002 des World population prospects (Perspectives de la population mondiale) que viennent de publier les Nations Unies révèle que d’ici l’an 2050, 75 % de l’ensemble des pays des régions moins avancées enregistreront un taux de fécondité inférieur au taux de remplacement, c’est-à-dire moins de 2,1 enfants par femme.

Selon cette variante moyenne de l’ONU, la population mondiale en 2050 sera inférieure aux projections de l’édition 2000 : 8,9 milliards de personnes au lieu de 9,3 milliards. Et près de la moitié de cette différence de 400 millions est le résultat d’une augmentation du nombre de décès projetés, en grande majorité en raison de l’augmentation prévue des niveaux de séroprévalence. L’autre moitié de cette différence est le reflet d’une réduction du nombre de naissances escomptées, en raison essentiellement de la baisse des niveaux de fécondité projetés pour l’avenir.

La population mondiale, qui est aujourd’hui à 6,3 milliards, augmente au rythme de 1,2 % par an, soit une augmentation de 77 millions de personnes chaque année. C’est un rythme nettement inférieur au taux de croissance maximal de plus de 2 % atteint au début des années 1970.

Pour calculer la variante moyenne, les démographes des Nations Unies partent de l’hypothèse que le taux de fécondité de l’ensemble de la population mondiale, estimé aujourd’hui à 2,8 enfants par femme, va continuer à diminuer et atteindra 2,0 enfants par femme d’ici 2050. Ce chiffre serait légèrement inférieur à la valeur à laquelle la population peut se maintenir à son niveau actuel sur le long terme. Déjà en 2003, la Chine, le Japon, presque toute l’Europe et de nombreuses régions de l’Asie du Sud et du Sud-Est ont des taux de fécondité inférieurs au niveau de remplacement. Si la fécondité continue à décliner à ce rythme, la population mondiale atteindra sans doute les 8,9 milliards en 2050.

Selon les Nations Unies, l’espérance de vie dans les pays plus avancés devrait passer de 74,8 ans à la fin des années 1990 à 81,6 ans à la fin des années 2040. Les femmes au Japon et dans de nombreux pays européens présentent des espérances de vie plus longues, de sorte que 81,6 ans pour l’ensemble du monde développé ne semble pas un chiffre trop ambitieux. Mais les Nations Unies ne projettent qu’une espérance de vie de 73,1 ans dans les régions moins avancées entre 2045 et 2050. En d’autres termes, dans 50 ans, ils n’auront toujours pas rattrapé le niveau actuel des pays riches du monde. L’essentiel de ce pessimisme est dû aux effets prolongés de la pandémie du SIDA, l’une des causes majeures de décès prématurés. Pour 53 pays pour lesquels les Nations Unies préparent des projections concernant le SIDA, la population en 2050 sera inférieure de près d’un demi milliard à ce qu’elle aurait été sans la mortalité liée au SIDA.

Les projections de la variante moyenne ne sont pas censées révéler une future réalité inéluctable. Si le déclin des taux de fécondité ralentit ou cesse, et que la moyenne mondiale passe à 2,5 enfants par femme en 2050, la population mondiale passerait sans doute à 10,6 milliards, toujours selon les Nations Unies. Si le déclin de la fertilité s’accentue et que la moyenne mondiale atteint 1,5 enfants par femme, le niveau de la population mondiale sera de 7,4 milliards en 2050. La raison pour laquelle la population mondiale continuera de croître au cours des quarante années à venir, malgré la chute des taux de fécondité en dessous des niveaux de remplacement, c’est qu’une forte proportion de personnes, en particulier dans les pays en développement, abordent à peine leurs années reproductives. Un demi enfant de plus ou de moins par femme ne représente pas une marge d’erreur importante pour des projections sur près de cinquante ans. Les taux de fécondité aux États-Unis ont augmenté, puis chuté de plus que cela pendant les années du baby-boom puis du baby-bust de 1945 à 1975.

La moyenne mondiale dissimule une fourchette extrêmement large en ce qui a trait à l’avenir démographique des différents pays. À l’un des extrêmes, la Russie, où les taux de mortalité ont augmenté alors que les taux de fertilité sont demeuré à des niveaux très faibles, devrait enregistrer un déclin de sa population, de 146 millions en 2000 à 101 millions en 2050. Plusieurs pays très pauvres de l’Afrique, notamment le Niger, la Somalie et l’Ouganda, risquent de voir leurs populations quadrupler pendant la même période, selon des hypothèses plausibles. Pour ces pays, apprendre que la croissance moyenne de la population à l’échelle mondiale ralentit n’est guère plus réjouissant que d’apprendre que le niveau de la moyenne mondiale des revenus est satisfaisant.

Le déclin des taux de fertilité au cours des dernières décennies dans la plupart des pays du monde a été renforcé par un effort majeur de distribution de méthodes de contraception sûres et efficaces à grande échelle. Savoir si les pays où la fertilité demeure élevée enregistreront un déclin des taux de natalité aussi rapide que les projections moyennes le prédisent dépendra en partie de la poursuite de ces efforts. Une nouvelle génération d’adolescents, la plus importante de toute l’histoire de l’humanité, approche de l’âge optimum pour le mariage et la fertilité. L’avenir de la population mondiale dépend des choix que feront ces jeunes, et personne, pas même les démographes, ne peut prétendre lire les pensées des adolescents.


John Haaga est directeur des programmes nationaux au PRB.


Les estimations et projections de la Division de la population des Nations Unies sont disponibles sur le site suivant : www.un.org/esa/population/unpop.htm.