(Avril 2004) L’épidémie de VIH/sida est la question de santé de la reproduction dominante au Zimbabwe, un pays de plus de 12 millions d’habitants qui est confronté à d’extrêmes difficultés économiques, sociales et politiques. Selon les estimations nationales officielles de 2003, environ un quart de la population de 15 à 49 ans est séropositif.

Des suites de l’une des pires épidémies du monde, l’espérance de vie à la naissance a chuté du niveau qu’elle aurait probablement atteint sans le sida. Selon les estimations du Bureau américain du recensement, l’espérance de vie dans le pays est maintenant de 40 ans, au lieu de 69 ans. Selon d’autres estimations, l’espérance de vie serait encore plus basse. Les estimations devraient chuter encore dans moins de 10 ans, pour atteindre des niveaux qu’on n’avait pas vus depuis le début du siècle dernier. D’ici à 2010, un bébé né au Zimbabwe pourrait s’attendre à vivre seulement 35 ans. Sans le sida, ce chiffre serait de 71 ans.

L’impact de l’épidémie de sida est aussi évident sur les taux de mortalité infantile. Plus de la moitié des morts d’enfants de moins de 5 ans est due au sida, selon les estimations du Bureau du Recensement Américain. Sans le sida, le taux de mortalité pour les moins de 5 ans serait d’environ 47 morts pour 1 000 naissances vivantes, par rapport aux estimations actuelles d’un peu plus de 100 morts pour 1 000 naissances.

Le chômage chronique et les tensions sociales et politiques fournissent simplement un environnement propice à l’épidémie car la situation générale rend difficile la mobilisation d’une réponse constante et efficace pour enrayer l’infection.

En 1999-2000, le gouvernement a mis en place un programme de redistribution des terres parfois violent, dressant une liste des exploitations agricoles commerciales à grande échelle que le gouvernement réacquiert et redistribue sans compensation ni possibilité de refus. Le programme avait pour but de retirer la terre des riches agriculteurs blancs la gérant à des fins commerciales pour la redistribuer aux Zimbabwéens noirs à revenu faible ou intermédiaire et sans terres. Sous les auspices de ce programme, des milices du parti au pouvoir ont toutefois mené des opérations violentes contre les propriétaires et les employés des exploitations agricoles. Les critiques affirment qu’une grande partie des terres n’est toujours pas accessible à ceux qui en ont le plus besoin et que la production agricole a chuté pour arriver à un niveau qui ne permet ni de subvenir aux besoins intérieurs ni d’exporter.

Le contrôle des terres est depuis longtemps une source de contentieux au Zimbabwe, l’un des derniers pays d’Afrique sub-saharienne à devenir indépendant, en 1980. En 1965, la minorité blanche a proclamé une Déclaration universelle d’indépendance (UDI) qui a coupé les liens entre l’ancienne colonie de Rhodésie du Sud et la Grande-Bretagne. Le Gouvernement de Rhodésie, blanc et minoritaire, a alors gouverné pendant 15 ans, une période caractérisée par un intense conflit armé pour le contrôle du pays. Le Zimbabwe African National Union-Patriotic Front (ZANU-PF), mené par Robert Mugabe, a enfin pris le pouvoir en 1980 et gouverne le pays depuis lors.

Durant la période de l’UDI, la plupart des pays du monde ont ignoré la Rhodésie à cause de ses politiques raciales. En réponse, la Rhodésie a développé plus avant un secteur industriel autosuffisant et diversifié, une infrastructure importante et un secteur financier fonctionnel dont le Zimbabwe a hérité à l’indépendance. Même après l’indépendance, une minorité blanche a continué à posséder la plupart des terres productives de haute qualité et à gérer des exploitations agricoles commerciales à grande échelle.

Aujourd’hui, le processus de réforme agraire s’est combiné à d’autres facteurs, y compris la sécheresse, l’épidémie de sida et des politiques de gestion économiques inefficaces pour éroder l’autosuffisance des foyers, la productivité économique et la qualité des services publics. Selon les Nations Unies, environ 5 millions de personnes sont incapables de faire face à leurs besoins alimentaires journaliers et dépendent de l’aide alimentaire et d’autres programmes de protection sociale.

Le fort taux de chômage est une autre preuve de la déroute de l’économie. Selon un rapport de l’Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE) et de la Banque africaine de développement (AfDB), le chômage, qui affecte fortement les jeunes, aurait atteint le niveau phénoménal de 60 % en 2002. Selon le rapport African Economic Outlook 2002/03, le produit intérieur brut par habitant est estimé à 371 dollars.

En ce qui concerne la santé de la reproduction, le Zimbabwe avait l’un des programmes de planification familiale les plus avancés en Afrique sub-saharienne. Le modèle qui émerge est une rapide adoption de la contraception moderne durant les années 1980, suivie d’une expansion régulière dans les années 1990. Les Enquêtes démographiques et de santé ont révélé un taux d’utilisation de contraceptifs modernes de 36 % en 1988, 42 % en 1994 et 50 % en 1999. La planification familiale au Zimbabwe faisait fortement appel aux contraceptifs oraux. En 1999, l’utilisation de la pilule anticonceptionnelle représentait plus de 70 % de la contraception moderne.

Les tendances des indices synthétiques de fécondité, soit le nombre moyen d’enfants par femme, ont suivi l’utilisation des contraceptifs modernes. Les trois Enquêtes démographiques et de santé ont fait état de taux de fécondité de 5,5 en 1988, 4,3 en 1994 et 4 en 1999. Bien que les chercheurs ne soient pas d’accord sur les niveaux exacts, il y a clairement eu une diminution importante de la fécondité avec le temps.


Indicateur Données
Population mi-2003
12 600 000
Population 2025 (projections)
12 800 000
Population 2050 (projections)
14 600 000
Indice synthétique de fécondité (nombre moyen d’enfants qu’une femme met au monde durant sa vie)
4
Population de moins de 15 ans (%)
40
Population de plus de 65 ans (%)
3
Espérance de vie à la naissance, garçons et filles (années)
41
Espérance de vie à la naissance, garçons (années)
43
Espérance de vie à la naissance, filles (années)
40
Femmes de 15 à 49 ans, 2020 (projection)
4 600 000
Naissances en présence de personnel qualifié (%)
73
Décès maternels pour 100 000 naissances vivantes
610

Sources : Carl Haub, Fiches de données sur la Population mondiale, 2003 (Washington, DC : PRB, 2003) ; et Justine Sass et Lori Ashford, Les femmes de notre monde, 2002 (Washington, DC : PRB, 2002). Toutes ces données peuvent être consultées à l’aide du moteur de recherche du site de PRB.


Thomas Goliber est chargé de recherches au Futures Group, une organisation de développement international basée à Washington, D.C. et à Bath en Angleterre.


Références

  1. Central Statistical Office, Ministère des Finances, de la Planification économique et du Développement et Institute for Resource Development/Macro International Inc., Zimbabwe Demographic and Health Survey 1988 (Calverton, MD : Central Statistical Office et Macro International, Inc., 1989).
  2. Central Statistical Office (Zimbabwe) et Macro International Inc., Enquête démographique et de santé pour le Zimbabwe — 1994 (Calverton, MD : Central Statistical Office et Macro International, Inc., 1995).
  3. Central Statistical Office et Macro International Inc. Enquête démographique et de santé pour le Zimbabwe — 1999 (Calverton, MD : Central Statistical Office et Macro International, Inc., 2000).
  4. Programme conjoint des Nations Unies et de l’Organisation mondiale de la Santé sur le VIH-sida, AIDS Epidemic Update: December 2003 (Genève : ONUSIDA et OMS, 2003).
  5. William Muhwava, “The Onset of Fertility Transition in Zimbabwe: A Re-analysis of Census and Survey Data Using Robust Demographic Techniques” , African Population Studies 17, no. 1 (2002).
  6. Conseil national sur le sida et ministère de la Santé et du Bien-être de l’Enfant, The HIV/AIDS Epidemic in Zimbabwe. Where Are We Now? Where Are We Going? (Harare : Conseil national sur le sida, à paraître).
  7. Organisation pour la Coopération et le Développement économiques (OCDE) et Banque africaine de Développement (AfDB), African Economic Outlook 2002/03 (Paris: OCDE et AfDB, 2003).
  8. Bureau américain du recensement, “The AIDS Pandemic in the 21st Century” International Population Reports WP/02-2 (Washington, DC : U.S. Government Printing Office, 2004).
  9. Banque mondiale, Zimbabwe: Country Brief, consulté en ligne à l’adresse suivante : www.worldbank.org/afr/zw/zw_ctry_brief.htm, le 19 avril 2004.
  10. Conseil national de la Planification familiale du Zimbabwe, Family Planning in Zimbabwe: Challenges in a Changing Environment (Harare : Conseil national de la Planification familiale du Zimbabwe, 1998).