(Février 2006) L’ Haemophilus influenzae de type B (HIB) est une bactérie responsable de pneumonies graves, de méningites graves et d’autres conditions potentiellement mortelles chez les enfants de moins de 5 ans. Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), la maladie du HIB est responsable, sur une base annuelle, de quelque 3 millions de cas de maladies graves et de 400 000 décès, le plus souvent des suites d’une pneumonie.1 Les enfants sont souvent porteurs de la bactérie du HIB dans le nez ou la gorge, sans indication de symptômes de la maladie, et ils transmettent la bactérie à d’autres par contact rapproché, en éternuant ou en toussant.

Un vaccin efficace et sans danger pour la prévention de la maladie associée à l’ Haemophilus influenzae de type B (HIB) existe depuis plus de 15 ans. Dans les pays plus développés, la maladie du HIB a, pour l’essentiel, été éliminée et des résultats similaires ont été enregistrés dans les pays moins avancés où le vaccin a été administré dans le cadre de programmes de vaccination de routine, comme cela a été le cas en Gambie (voir la figure 1).2


Figure 1
Le programme de vaccination contre le HIB en Gambie a permis l’élimination virtuelle de la maladie

Source : R.A. Adegbola et al., ” Elimination of Haemophilus Influenzae Type B (Hib) Disease from The Gambia after the Introduction of Routine Immunization with a Hib Conjugate Vaccine: A Prospective Study “, Lancet 366 (2005) : 144-50.


Mais malgré les financements pour les programmes de vaccination contre le HIB offerts par la Global Alliance for Vaccines and Immunization (GAVI), et malgré l’efficacité et l’innocuité a éprouvées du vaccin, la plupart des pays pouvant bénéficier des financements au titre de la GAVI n’ont pas initié de programme de vaccination, en raison essentiellement des carences d’information, ce qui laisse près des trois quarts des enfants du monde vulnérables au HIB (voir la figure 2).3


Figure 2
Situation mondiale des pays ayant inclus le vaccin contre le HIB dans leur système national d’immunisation, 2004

Source : Organisation mondiale de la Santé (OMS).


Plusieurs nouvelles initiatives ont été conçues à l’intention des décideurs pour tenter de réduire ou d’éliminer le risque couru par les enfants.

Implications du HIB

Les enfants atteints de maladies associées au HIB peuvent se rétablir à condition d’être diagnostiqués suffisamment tôt. Cependant, la plupart des enfants atteints de ces maladies, notamment ceux souffrant de méningite et de pneumonie, ont besoin d’être hospitalisés, ce qui est parfois difficile dans certains pays en développement qui n’ont qu’un accès limité aux infrastructures hospitalières et de soins.

Par ailleurs, le traitement des maladies liées au HIB dans les hôpitaux est souvent rendu d’autant plus difficile que de nombreux enfants n’y arrivent qu’à un stade avancé de la maladie, et de plus en plus d’infections associées au HIB résistent aux antibiotiques. Les infections résistantes doivent généralement être traitées avec des antibiotiques plus coûteux, qui sont souvent hors de portée pour les enfants des familles pauvres. (Voir Antimicrobial Resistance Jeopardizes Medical Advancement en anglais.)

Les taux de décès associés aux patients hospitalisés dans les pays en développement pour une méningite HIB sont de l’ordre de 20 % à 60 %, de plusieurs fois supérieurs aux taux de mortalité dans les pays plus développés.4 Jusqu’à un tiers des enfants qui survivent à une méningite HIB peuvent être atteints d’un handicap à vie, y compris la surdité, la déficience mentale, la paralysie et les troubles de l’apprentissage.

Dans les pays en développement, l’avenir des enfants souffrant de handicaps permanents est peu encourageant. Le fardeau psychologique et financier pour leurs familles peut être considérable. Et si un enfant décède après avoir été hospitalisé, sa famille se retrouve souvent avec des factures qui la contraint à s’endetter ou à solliciter des prêts à des taux usuraires, ce qui contribue à la précipiter dans une spirale descendante vers la pauvreté.

Obstacles à la diffusion à grande échelle du vaccin contre le HIB

Dépistage. Le principal obstacle à la vaccination contre le HIB est constitué par les incertitudes quant à la prévalence du HIB et l’impact du vaccin. Le HIB peut être difficile à détecter et ce, pour diverses raisons :

  • Il s’agit d’un organisme fragile sensible à l’environnement, et de nombreux laboratoires des pays en développement ne font pas usage des procédures requises pour l’identification du HIB.
  • L’accès limité aux soins médicaux peut empêcher la détection du HIB. Dans les régions les plus démunies du monde, les enfants atteints du HIB ne peuvent pas toujours arriver jusqu’à un hôpital où ils peuvent être diagnostiqués et soignés.
  • L’utilisation inappropriée des antibiotiques est fréquente dans de nombreux pays, et le traitement aux antibiotiques avant le diagnostic complique fortement la détection du HIB.

Même lorsque des données sont disponibles, la prévalence de la pneumonie, l’infection la plus courante associée au HIB, demeure sous-estimée. Il n’existe aucun test diagnostic suffisamment sensible pour détecter la pneumonie du HIB, et à l’heure actuelle, la seule façon de mesurer complètement le fardeau de la pneumonie du HIB consiste à utiliser le vaccin contre le HIB et comme instrument d’évaluation.

Les études sur l’impact du vaccin (ou ” sondage sur le vaccin “) font appel aux techniques de modélisation mathématique pour obtenir une estimation indirecte de la prévalence de la maladie : ces techniques permettent de calculer le nombre de cas de pneumonie, par exemple, qui ont été évités grâce à l’immunisation contre le HIB. Mais si ces études fournissent la meilleure estimation du fardeau réel de la maladie, elles ne peuvent être réalisées dans tous les pays en raison de leur complexité et de leur coût.

Cependant, certaines études de l’impact du vaccin contre le HIB ont révélé que celui-ci permet de réduire le fardeau de la maladie de manière considérable. Les sondages sur le vaccin réalisés en Gambie et au Chili, par exemple, ont révélé une réduction des cas de pneumonie grave dans ces pays de 21 % et 22 %, respectivement.5 Cette mesure indirecte du fardeau de la maladie a également révélé une prévalence supérieure du HIB par rapport aux tests diagnostiques de routine. Dans beaucoup de régions en développement, seules des études sur l’impact du vaccin dans des zones choisies permettront de préciser l’importance réelle du fardeau de la maladie.

Sensibilisation. L’intégration pleine et entière du vaccin contre le HIB dans les programmes nationaux d’immunisation se heurte à différents obstacles. La complexité associée au dépistage et à la recherche limite la sensibilisation au HIB dans certains pays. Lorsque les médecins, les parents et les pouvoirs publics ne sont pas conscients du fait que le HIB est responsable de maladies, ils ne sont pas vraiment motivés à ajouter le vaccin contre le HIB à leur programme national d’immunisation. Un effort concerté doit être réalisé pour assurer la diffusion de l’information et des expériences.

Coût et approvisionnement. Même avec des données solides, les incertitudes relatives à l’approvisionnement en vaccin et la disponibilité de financements durables sont susceptibles de retarder les décisions concernant l’introduction du vaccin contre le HIB. Le coût élevé du vaccin est un facteur important pour la plupart des pays à faible revenu. Et si la plupart des pays sont intéressés par les vaccins associés, qui peuvent être aisément intégrés dans les programmes existants, l’adjonction du seul composant HIB peut coûter davantage qu’un programme intégral d’immunisation de routine.

Au cours des dernières années, le coût d’un vaccin associé incluant le HIB a atteint 3,60 $ US par dose pour les pays pouvant bénéficier d’un financement de la GAVI, un partenariat entre le secteur public et le secteur privé qui inclut des gouvernements, des fabricants de vaccins, des organisations non gouvernementales, des institutions de recherche, des agences des Nations Unies, la Banque mondiale et la Fondation Bill & Melinda Gates. À l’heure actuelle, il n’existe qu’un fournisseur du vaccin associé préféré (le DTP-Hep B-HIB) ; toutefois, des fournisseurs et formulations supplémentaires du vaccin devraient être disponibles sous peu.

Nouvelles initiatives

L’importance des vaccins pour la prévention de la mortalité et des maladies de l’enfance fait l’objet d’une forte attention de la part de la communauté internationale. La GAVI est à l’origine de l’IFFIm ou International Financing Facility for Immunization (Mécanisme international de financement de l’immunisation), un nouveau mécanisme de financement qui garantit un approvisionnement fiable et constant de fonds pour les vaccins à l’échelle mondiale jusqu’en 2015.6 Parmi les autres initiatives figurent notamment des contrats d’achat anticipé et des options supplémentaires de financement pour répondre aux préoccupations des pays en développement en matière de financement.

Par ailleurs, l’Initiative HIB, un consortium mondial d’universitaires et de spécialistes de la santé publique, a reçu un don de 37 millions de dollars de la GAVI pour promouvoir le processus de prise de décision fondée sur les preuves relatives à l’utilisation du vaccin contre le HIB. L’Initiative HIB permet au processus décisionnaire au niveau national de se concentrer sur les programmes de vaccination, en fournissant notamment :

  • une coordination stratégique entre partenaires et donateurs qui veille à ce que toutes les parties soient informées du caractère pressant du problème du HIB ;
  • un soutien aux études mesurant le fardeau de la maladie et l’impact des décisions financières pour sauver des vies ;
  • une diffusion rapide des données et des résultats de la recherche aux décideurs.7

L’enveloppe de 37 millions de dollars fournie par la GAVI permet de financer un projet de quatre ans axé sur deux séries de pays dans lesquels le fardeau de la maladie est clair : ceux qui ont déjà introduit le vaccin (notamment le Kenya et le Ghana) mais qui ont besoin d’un financement supplémentaire à l’appui des décisions relatives à la poursuite de son utilisation, et ceux qui (comme la Tanzanie) n’ont pas encore pris la décision d’introduire le vaccin mais dans lesquels le fardeau régional du HIB est clair.8

Dans les cas où le fardeau de la maladie n’est pas encore clair, l’Initiative HIB travaille en collaboration avec les gouvernements et les chercheurs pour définir plus avant l’étendue de la maladie. Un exemple d’un tel projet est la collaboration entre le gouvernement indien et les chercheurs locaux sur trois sites pour définir le fardeau du HIB en Inde. Ce projet devrait contribuer à appuyer le processus de prise de décision en matière de programme de vaccination contre le HIB dans l’ensemble de l’Asie du Sud.

” Nous nous réjouissons à l’idée de vraiment contribuer à l’amélioration de la situation dans les pays les plus démunis  “, déclare le Dr Rana Hajjeh, directeur de projet pour l’Initiative. ” Grâce à une concentration accrue sur le HIB et l’expertise que notre équipe apportera, les pays pourront accélérer leur processus de prise de décisions concernant l’utilisation de routine des vaccins contre le HIB sur la base des preuves rassemblées. Ces décisions peuvent en retour avoir un impact presque immédiat se traduisant par des vies d’enfants sauvées et la réduction des souffrances.  “


Lois Privor-Dumm est directrice de la communication stratégique pour l’Initiative HIB de la Johns Hopkins University Bloomberg School of Public Health.


Références

  1. Organisation mondiale de la Santé (OMS), ” Vaccines and Biologicals “, consulté en ligne à l’adresse suivante : www.who.int/vaccines, le 3 nov. 2005. L’ Haemophilus influenzae n’a pas de lien avec l’influenza.
  2. R.A. Adegbola et al., ” Elimination of Haemophilus Influenzae Type B (Hib) Disease from The Gambia after the Introduction of Routine Immunization with a Hib Conjugate Vaccine: A Prospective Study “, Lancet 366 (2005) : 144-50.
  3. Cette valeur de trois quarts est calculée sur la base des estimations de populations nationales pour 2002 préparées par la Division pour la population des Nations Unies et l’utilisation du vaccin contre le HIB par pays au mois de novembre 2004 tirée de la base de données de l’OMS sur l’IVB.
  4. H.A. Bijlmer, ” World-wide Epidemiology of Haemophilus influenzae Meningitis: Industrialized versus Non-industrialized Countries “, Vaccine 9, Supplement (1991) : S5-9.
  5. Pour l’étude sur la Gambie, voir Kim Mulholland et al., ” Randomised Trial of Haemophilus Influenzae Type-b Tetanus Protein Conjugate Vaccine for Prevention of Pneumonia and Meningitis in Gambian Infants “, Lancet 349, no. 9060 (1997) : 1191-97. Pour l’étude sur le Chili, voir Orin S. Levine et al., ” Defining the Burden of Pneumonia in Children Preventable by Vaccination Against Haemophilus Influenzae Type B “, Pediatric Infectious Diseases Journal 18, no. 12 (1999) : 1060-64.
  6. La IFFIm assure la mobilisation de fonds par des emprunts garantis par un engagement à long terme de 4 milliards de dollars à force obligatoire souscrit par le Royaume-Uni, la France, l’Italie, l’Espagne, la Suède et la Norvège. Ces fonds seront en outre utilisés pour renforcer les financements que certains pays reçoivent déjà de la GAVI pour le vaccin contre le HIB, mais ces pays seront tenus d’élaborer un plan pour le renforcement de la part de la contribution nationale jusqu’à ce que le prix du vaccin atteigne la cible de 1,85 $ US en 2015. Si le prix du vaccin dépassait ce montant d’ici 2015, le risque supplémentaire sera assumé par la GAVI.
  7. Pour toute information complémentaire sur l’Initiative HIB, veuillez consulter www.HibAction.org.
  8. John V. Bennett et al., ” Vaccines and Biologicals: Haemophilus Influenzae Type B (Hib) Meningitis in the Pre-vaccine Era: A Global Review of Incidence, Age Distributions, and Case-fatality Rates ” (Genève : OMS, 2002), consulté en ligne à l’adresse suivante : www.who.int/vaccines-documents, le 20 janvier 2006.