(Août 2003) Encore sous le coup des répercussions de la crise financière en Asie, l’Indonésie souffre depuis quelques années de nombreuses difficultés, allant des troubles sociaux, de l’instabilité politique, de la violence ethnique et confessionnelle à la diminution de l’accès aux services de santé et autres services publics. Les événements récents, notamment l’attentat à la bombe à Djakarta, à la suite d’autres attentats à la bombe mortels en 2002, ont décuplé la crainte de nouvelles pressions politiques et démocratiques dans ce vaste archipel.

Salué il y a peu de temps encore comme modèle économique par la Banque mondiale, le pays le plus peuplé d’Asie du Sud-Est, a été, avant la fin des années 90, le site reconnu d’améliorations dans les secteurs de la santé, de l’éducation entre autres. Toutefois, nombre de ces progrès ont été remis en question par la crise financière de 1997-1998, qui s’est caractérisée par l’effondrement brutal de la monnaie, une inflation vertigineuse, un décuplement de la pauvreté et du chômage et la réduction de l’accès pour les familles aux services de santé et autres services publics. Selon les estimations de la Banque mondiale, le pourcentage de pauvres a plus que doublé de 1996 à 1999, passant de 11 % de la population à quelque 27 %.

Avec une population de 221 millions d’habitants, l’Indonésie est le quatrième pays le plus peuplé du monde derrière la Chine, l’Inde et les États-Unis. Selon les estimations des Nations Unies, la population indonésienne augmente tous les ans de 3 millions d’habitants, et la plus grande partie de cette croissance se concentre dans les zones urbaines, ployant déjà sous le fardeau auxquels sont confrontés les services publics. La fécondité, qui était, selon l’ONU, de plus de 5 enfants par femme au début des années 60, connaît une diminution. Elle est de quelque trois enfants par femme, selon la Fiche de données sur la population mondiale du Population Reference Bureau (PRB) pour 2003.

Bien que la population soit en grande majorité musulmane, trois provinces comportent des majorités religieuses différentes : hindous (Bali) et chrétiens (Papouasie orientale ou Irian Jaya et Nusatenggara de l’Est). Avec 300 ethnies et presque autant de langues, le pays regroupe plus de 13 000 îles qui chevauchent l’Équateur entre l’Asie du Sud-Est et l’Australie. La population est répartie de façon inégale entre ces différentes îles, la majorité habitant à Java, Madura et Bali. Ces dernières années, les conflits et la violence dans un grand nombre de provinces indonésiennes ont déraciné des milliers de personnes. Selon le Comité américain pour les réfugiés, fin 2002, entre 600 000 et un million d’Indonésiens se trouvaient en état de déracinement dans tout l’archipel.

L’Indonésie a connu quelques améliorations de ses normes de soins, entre les années 60 et 90, selon le PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement). L’espérance de vie, par exemple, est passée de 43 ans au début des années 60 à 60 ans au début des années 90. Une personne née aujourd’hui en Indonésie aura une espérance de vie de 68 ans environ. La mortalité des nouveau-nés avant un an a chuté pendant cette même période, passant de 166 pour 1 000 au début des années 60 à moins de 50 aujourd’hui.

En dépit des progrès dans le domaine de la santé, les soins pour les femmes enceintes restent insuffisants. L’Indonésie possède l’un des plus hauts taux de mortalité maternelle de l’Asie du Sud-Est, atteignant selon les estimations 470 pour 100 000 naissances vivantes. Comme le signale la fiche de données sur les Femmes de notre monde – édition 2002 publiée par le PRB, il convient de comparer ce chiffre à celui de 9 morts pour 100 000 naissances vivantes à Singapour et 39 en Malaisie. Selon l’enquête démographique et de santé en Indonésie, en 1997, quatre naissances sur cinq se déroulent à domicile et 57 % des naissances au cours des cinq années ayant précédé l’enquête ont été appuyées par un personnel non médical, le plus souvent des accoucheuses traditionnelles et, dans une moindre mesure, par des membres de la famille.

La dette publique élevée résultant de la crise économique et associée à un climat politique incertain, pose de graves difficultés pour la protection des services publics et de santé. Entre 1996 et 1998, les dépenses de la santé ont chuté en dessous des normes régionales, selon le rapport sur le développement humain en Indonésie 2001 préparé par le PNUD. Ces dépenses, en Indonésie, représentaient 0,6 % seulement du produit national brut (PNB), contre 2,5 % en Corée du Sud et 1,7 % aux Philippines et en Thaïlande. 


Yvette Collymore est rédactrice principale au PRB.


Indonésie Statistiques
Population mi-2003 220 500 000
Population 2025 (prévisions) 281 900 000
Population 2050 (prévisions) 315 600 000
Taux de mortalité infantile (morts de nouveau-nés pour 1.000 naissances vivantes) 46
Indice synthétique de fécondité (nombre moyen d’enfants par femme) 2,6
Population de moins de 15 ans (%) 31
Population de moins de 65 ans (%) 5
Espérance de vie à la naissance, garçons et filles (années) 68
Espérance de vie à la naissance, garçons (années) 66
Espérance de vie à la naissance, filles (années) 70
Population urbaine (%) 40
Population de 15 à 49 ans, séropositive/sidéenne, fin 2001 (%) 0,1
Utilisation de contraceptifs chez les femmes mariées de 15 à 49 ans, toutes méthodes (%) 57
Utilisation de contraceptifs chez les femmes mariées de 15 à 49 ans, méthodes modernes (%) 55
INB PPP par habitant, 2001 ($ US) $2 830
Morts maternelles pour 100.000 naissances vivantes 470
Politique d’IVG, 2000 IVG interdite ou autorisée uniquement pour sauver la vie de la femme
Femmes dans la population séropositive/sidéenne de 15 à 49 ans (%) 25
Taux d’alphabétisation (15 ans +) 2000, femmes (%) 82
Taux d’alphabétisation (15 ans +) 2000, hommes (%) 92
Fréquentation école secondaire, 1993-1997, femmes (%) 48
Fréquentation école secondaire, 1993-1997, hommes (%) 55
Participation à la population active (15 à 64 ans), 1980, femmes (%) 46
Participation à la population active (15 à 64 ans), 2000, femmes (%) 58
Participation à la population active (15 à 64 ans), 2000, hommes (%) 85
Femmes au parlement, oct. 2001 (%) 8

Sources : Carl Haub, Fiche de données sur la population mondiale 2003 (Washington, DC : PRB, 2003) ; Justine Sass et Lori Ashford, Les femmes de notre monde 2002 (Washington, DC : PRB, 2002). Ces données peuvent être facilement consultées dans le DataFinder du PRB.