(Septembre 2004) Confronté à des pressions internationales croissantes de scolarité pour la cessation de son programme nucléaire, l’Iran se heurte également à des pressions démographiques considérables sur son territoire, allant de la création d’emplois pour un groupe très nombreux de jeunes baby boomers à la résolution des disparités provinciales en matière de disponibilité des services de santé de la reproduction.

Le chômage, notamment chez les jeunes des deux sexes, représente un défi majeur. Entre 1991 et 1999, le taux de chômage du pays a augmenté de près de 9 % par an. Pendant cette période, des emplois n’ont été créés que pour moins de 60 % des nouveaux demandeurs d’emploi, selon un bilan commun de pays réalisé par les Nations Unies en 2003 sur le développement de l’Iran.

Les Iraniennes se trouvent particulièrement défavorisées au niveau de la population active. Le rapport des Nations Unies a révélé que 62 % des hommes en âge de travailler et 10 % à peine des femmes dans la même situation faisaient partie de la population active de l’Iran.

Le manqué d’emplois comme source de la fuite des cerveaux

Les limitations du marché intérieur de l’emploi sont peut-être responsables du départ d’un grand nombre d’Iraniens éduqués. Une étude réalisée en 1998 par le Fonds monétaire international a noté que 15 % des Iraniens de plus de 25 ans ayant au moins 13 années de scolarité avaient émigré aux États-Unis à l’époque du Recensement américain de 1990. De nombreux autres experts ont souligné l’importance de cette fuite des cerveaux.

“Les jeunes Iraniens éduqués quittent le pays en grand nombre en quête d’une vie meilleure”, déclare Farzaneh Roudi-Fahimi, analyste stratégique principal au Population Reference Bureau (PRB). “Les codes sociaux stricts imposés par le gouvernement islamiste et les pressions économiques poussent les Iraniens, notamment ceux qui ont entre 20 et 40 ans, à s’exiler. Cette fuite des cerveaux est l’un des plus graves problèmes économiques et sociaux de l’Iran d’aujourd’hui”.

Par ailleurs, les Iraniens, hommes et femmes, présentent des taux d’alphabétisation différents. Bien qu’un nombre d’Iraniennes sans précédent entrent à l’université, (certaines années elles sont même plus nombreuses que les hommes), les taux d’alphabétisation des hommes restent supérieurs. Environ 87 % des Iraniens adultes peuvent lire et écrire, contre 76 % des femmes adultes du pays, selon le bilan commun de pays réalisé par les Nations Unies.

Les écarts les plus frappants sont ceux entre les provinces les plus développées et les moins avancées. En 2000, environ 94 % des hommes à Téhéran savaient lire et écrire, contre 45 % des femmes dans la province de Sistan-Baluchestan, à la frontière de l’Afghanistan et du Pakistan. Par contre, quelque 61 % des étudiants du secondaire inscrits dans des cours pré-universitaires pour 2000-2001 étaient des femmes.

Le baby boom augmente la demande d’emploi et d’éducation

La demande pour l’éducation supérieure et les emplois en Iran a augmenté des suites de l’explosion démographique survenue dans le pays pendant les années 1980. De 1976 à 1991, la population iranienne a augmenté à un rythme annuel de 3,4 %, passant de 34 millions à 56 millions d’habitants. Cette poussée de croissance a suivi la révolution islamique de 1979, lorsque le nouveau gouvernement iranien a encouragé la croissance démographique, modifiant ainsi les stratégies de la famille royale du gouvernement précédent.

Bien que le rythme de la croissance démographique ait maintenant fortement décliné (le taux actuel de croissance annuelle est de l’ordre de 1,2 %), l’augmentation de la population du pays due à l’arrivée des baby boomers à l’âge adulte affecte le paysage démographique de l’Iran. Selon les estimations des Nations Unies, la portion de la population âgée de 15 à 24 ans est passée de 19 % en 1975 à 24 % en 2000. Cette proportion est censée passer à 25 % d’ici 2005, suivant les Perspectives de la population mondiale 2002 des Nations Unies.

L’amélioration des statistiques relatives à la santé masque les disparités régionales

Certaines des mesures prises dans le secteur de la santé se sont améliorées depuis les années pour la population iranienne. L’espérance de vie à la naissance en Iran est la même que celle de la Turquie, au nord-ouest, et de quelque huit années de plus que celle du Pakistan, au sud-est. Un enfant né en Iran peut espérer vivre environ 69 ans, contre 56 ans au début des années 1970. Le nombre d’enfants n’atteignant pas leur cinquième anniversaire est passé à 35 pour 1 000 naissances vivantes — soit environ un quart des estimations des Nations Unies pendant les années 1970 pour le pays.

De nos jours, la qualité de vie des 67 millions d’habitants en Iran, l’un des principaux producteurs de pétrole et de gaz naturel est “moyenne”, selon les normes des Nations Unies. Le classement du niveau de développement des pays préparé par les Nations Unies en 2004, sur la base de leurs résultats dans les domaines de l’éducation, des niveaux de vie et de l’espérance de vie, place l’Iran dans la catégorie élevée-à-moyenne, entre des pays tels que l’Équateur et les Territoires palestiniens.

En même temps, le pays est confronté au défi que représente la résolution d’un certain nombre de disparités régionales en matière de santé mises en évidence par les estimations de l’espérance de vie et des taux de mortalité infantile. Les données des Nations Unies révèlent que l’espérance de vie dans la capitale iranienne, Téhéran, dépassait les 70 ans en 1996, contre 61 ans à Sistan-Baluchestan. La probabilité de décès d’un enfant avant l’âge de 5 ans est de l’ordre de 32 sur 1 000 à Téhéran mais près du triple à Sistan-Baluchestan.

“Le manque d’investissements dans les cliniques et autres installations médicales des régions rurales et isolées contribue au maintien des écarts entre les villes et les campagnes”, déclare le bilan commun de pays réalisé par les Nations Unies en 2003″. Dans la mesure où les employés du secteur de la santé touchent des salaires plutôt limités, ils sont peu enclins à aller travailler dans les zones isolées difficiles”.

Il existe également des disparités régionales dans le domaine de la santé de la reproduction. À la suite de l’explosion démographique des années 1980, l’augmentation du recours à la contraception par les Iraniennes mariées a contribué à un déclin des taux de natalité et de croissance démographique à l’échelle nationale. Un programme de planification familiale lancé en 1989 encourage les Iraniens à limiter le nombre de leurs enfants à trois et décourage les grossesses pour les femmes de moins de 18 ans et de plus de 35 ans. Bien que le programme de planification familiale fournisse des services gratuits à l’échelle du pays, certaines régions enregistrent des taux plus faibles d’utilisation des contraceptifs.

Le rapport du PRB intitulé Iran’s Family Planning Program: Responding to a Nation’s Needs (Le programme de planification familiale de l’Iran : comment répondre aux besoins d’un pays) met ces disparités en évidence. Selon ce rapport, la plus faible utilisation de la planification familiale est celle enregistrée à Sistan-Baluchestan (42 % des femmes mariées), suivis de celle des femmes de province de Hormozgan au sud du pays (55 %). À Téhéran, 82 % des femmes mariées ont recours à la planification familiale.

Toutefois, même les chiffres correspondant à l’utilisation de la contraception dans les provinces les moins développées du pays sont relativement élevées pour le Moyen-Orient. À titre d’exemple, selon la Fiche de données sur la population mondiale 2004 du PRB, 32 % seulement des femmes mariées en Arabie saoudite et 43 % de celles au Qatar ont recours à une méthode quelconque de planification familiale.

La menace croissante du VIH/sida

Un autre des défis majeurs de l’Iran consiste à stopper la propagation de l’épidémie de VIH/sida. Si les estimations de l’ONUSIDA sur la prévalence adulte sont faibles (0,1 %), l’épidémie semble se propager, l’utilisation de drogues injectables semblant être le principal vecteur de l’infection.

Le nombre de nouvelles infections et de nouveaux cas de séropositivité en 2001 ont révélé une multiplication par trois de ces chiffres par rapport aux deux années précédentes. Lors de cette année, quelque 64 % de l’ensemble des cas de sida en Iran étaient des utilisateurs de drogues injectables.

Les mesures prises par le gouvernement iranien pour stopper la propagation du VIH au cours des dernières années ont inclus notamment la fourniture de traitements de lutte contre le sida à tous les patients séropositifs à titre gratuit. Le gouvernement, particulièrement inquiet de l’usage des stupéfiants par les jeunes, offre également des traitements et des stratégies de gestion du stress pour les utilisateurs de drogues injectables.

Étant donné la forte croissance de la population iranienne jeune, déclare le bilan commun des Nations Unies, l’une des grandes priorités du pays doit être l’augmentation des services de santé de la reproduction et la fourniture aux adolescents d’information adéquate pour prévenir l’infection.


Indicateur Données
Population mi-2004 67 433 000
Population 2025 (projections) 84 655 000
Population 2050 (projections) 96 465 000
Indice synthétique de fécondité (nb moyen d’enfants par femme pendant toute sa vie) 2,5
Population de moins de 15 ans (en %) 33
Population de plus de 65 ans (en %) 5
Espérance de vie à la naissance, hommes et femmes (en années) 69
Espérance de vie à la naissance, hommes (en années) 68
Espérance de vie à la naissance, femmes (en années) 70
Nombre de femmes âgées de 15 à 49 ans, 2020 (projections) 25 700 000
Accouchements en présence de personnel qualifié (en %) 86
Nombre de décès maternels pour 100 000 naissances vivantes 130

Sources : Carl Haub, Fiche de données sur la population mondiale 2004 (Washington, DC : PRB, 2004) ; et Justine Sass et Lori Ashford, Femmes de notre monde 2002 (Washington, DC : PRB, 2002). Toutes ces données sont disponibles sur le DataFinder du PRB à l’adresse suivante : www.prb.org/datafinder.


Yvette Collymore est rédactrice principale au PRB. 


Références

  1. Carl Haub, Fiche de données sur la population mondiale 2004 (Washington, DC : PRB, 2004).
  2. Farzaneh Roudi-Fahimi, Iran’s Family Planning Program: Responding to a Nation’s Needs (Washington, DC : Population Reference Bureau, 2002).
  3. Farzaneh Roudi-Fahimi, Islam and Family Planning (Washington, DC : PRB, 2004).
  4. Programme conjoint des Nations Unies contre le VIH/sida, Rapport 2004 sur l’épidémie mondiale de SIDA (Genève : ONUSIDA, 2004).
  5. Programme conjoint des Nations Unies contre le VIH/sida, UNICEF, et Organisation mondiale de la Santé, “Epidemiological Fact Sheets by Country”, consulté en ligne à l’adresse suivante : www.who.int/emc-hiv/fact_sheets/All_countries.html, le 7 sept. 2004.
  6. Nations Unies, Perspectives sur la population mondiale : Édition 2002 (New York : Nations Unies, 2003).
  7. Fonds des Nations Unies pour l’Enfance (UNICEF), L’État de l’Enfance dans le monde 2004 (New York : UNICEF, 2003).
  8. Équipe des Nations Unies en Iran, Bilan commun des Nations Unies sur la République islamique d’Iran (New York : Nations Unies, 2003).
  9. Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), Rapport sur le développement humain 2004 : la liberté culturelle dans le monde diversifi d’aujourd’ hui (New York : PNUD, 2004).
  10. William J. Carrington et Enrica Detragiache, “How Big is the Brain Drain?”, Fonds monétaire international (FMI) Document de travail 98/102 (Washington, DC : FMI, juillet 1998).