(Avril 2005) Un nouveau rapport indique que les jeunes des pays en développement arrivent à l’adolescence en meilleure santé, ont plus de chances de rester à l’école et de retarder leur entrée sur le marché du travail, leur mariage et la naissance de leurs enfants que les jeunes d’il y a 20 ans.

Le rapport de National Academies Press intitulé Growing Up Global : The Changing Transitions to Adulthood in Developing Countries conclut que le milliard et demi de personnes dans les pays en développement qui ont entre 10 et 24 ans vivent dans un monde fort différent de celui de leurs parents. Toutefois, les gains soulignés sont inégaux d’une région à l’autre et les menaces du VIH/sida, les inégalités croissantes et la pauvreté posent des défis pour nombre d’entre eux, selon Cynthia B. Lloyd, éditrice de ce rapport.

” Des progrès sont réalisés mais les indicateurs de progression sont en constante évolution “, affirme Lloyd, directrice des recherches en sciences sociales au Population Council basé à New York.

Un nombre croissant de jeunes et une transition plus longue vers l’âge adulte

Selon le rapport, le nombre de jeunes (défini comme étant âgés de 10 à 24 ans) a augmenté de 500 millions dans les pays en développement au cours des 25 dernières années. La plus grande majorité des jeunes du monde (86 %) vit maintenant dans les pays en développement. Inversement, le nombre absolu de jeunes vivant dans les pays développés a baissé d’environ 10 % depuis 1980.

Le rapport, qui offre une synthèse des données tirées de centaines d’études, indique également que la période de transition vers le travail et le mariage s’allonge pour de nombreux jeunes dans les pays en développement car ces jeunes restent plus longtemps à l’école. Le taux de garçons âgés de 10 à 14 ans qui n’ont jamais été à l’école a baissé au cours des 20 dernières années, passant de 21 % à 11 %. Parmi les filles âgées de 10 à 14 ans, ce pourcentage a baissé, passant de 39 % à 18 % (voir Tableau 1).



Les aspirations des parents et les préoccupations concernant les possibilités d’emploi sont les principales causes de cette tendance vers une éducation plus poussée, qui a résulté en un nombre accru de jeunes retardant le mariage. Il y a 20 ans, 52  % des filles dans les pays en développement se mariaient avant l’âge de 18 ans. Le taux, bien qu’encore élevé, est passé à 38 %.

” Il y a un intervalle croissant entre l’enfance et l’âge adulte au fur et à mesure que les taux de scolarisation durant l’adolescence augmentent et que l’arrivée sur le marché du travail et le mariage sont retardés “, affirme Lloyd.

Éducation, santé et travail sont des questions liées

L’un des objectifs de Growing Up Global est d’examiner les liens entre les questions concernant les jeunes telles que l’éducation, la santé de la reproduction et les tendances de la main-d’œuvre. Comme l’indique le rapport: ” Les politiques de gestion qui soutiennent l’éducation primaire universelle de qualité adéquate, qui soutiennent l’expansion de l’éducation secondaire de qualité et qui favorisent la bonne santé durant cette phase du cycle de vie sont essentielles en elles-mêmes mais sont aussi importantes à cause du rôle qu’elles jouent pour promouvoir le succès dans ces autres domaines. “

Par exemple, puisque les adolescents de pays en développement passent plus de temps à l’école, ils ont une activité sexuelle moins précoce et risquent moins de contracter une maladie causée par des rapports sexuels non protégés qui, selon le rapport est ” l’un des comportements les plus à risque que les jeunes gens puissent adopte. ” Parmi 41 pays en développement entre 1990 et 2003, seuls neuf ont indiqué que plus de filles étaient actives sexuellement à l’âge de 18 ans en 2003 qu’en 1990 (voir Tableau 2).


Tableau 2
Évolution du changement de probabilité du mariage des femmes ou de l’activité sexuelle avant ou à l’âge de 18 ans : Comparaison des adultes de 20 à 24 ans et de 40 à 44 ans, 1990-2003

  Nombre de pays En hausse Stable En baisse
% mariées avant ou à 18 ans
Afrique 27 0 3 24
Asie 5 1 3 1
Amérique latine/Caraïbes 9 0 3 6
Total 41 1 9 31
% actives sexuellement avant ou à 18 ans
Afrique 27 5 14 8
Asie 5 2 2 1
Amérique latine/ Caraïbes 9 2 3 4
Total 41 9 19 13

Note : Données tirées des enquêtes démographiques et de santé, 1990-2003.
Source : Growing Up Global, 2005.


Mais alors que les taux de scolarisation augmentent, les améliorations dans le domaine de l’éducation et de la santé ne sont pas universelles. Selon Barney Cohen, directeur du comité sur la population au National Research Council à Washington, DC (qui, avec l’Institut de médecine, a financé cette étude), le VIH/sida reste un risque spécifique pour les jeunes en Afrique sub-saharienne. Le rapport souligne en outre que les taux de scolarisation ont chuté pour les garçons en Afrique sub-saharienne à mesure que la prévalence du travail des enfants augmentait.

La scolarisation durant l’adolescence n’est pas encore formalisée dans de nombreux pays et la qualité de l’éducation est inégale. Growing Up Global cite diverses études décourageantes à ce sujet ; par exemple, les résultats de tests standardisés de mathématiques et de français donnés à des enfants finissant l’école primaire dans cinq pays d’Afrique de l’Ouest en 2001 n’étaient dans de nombreux cas ” pas meilleurs que les résultats qu’on pourrait obtenir sur simple choix des réponses au hasard. ” Ce rapport incite les pays à faire passer en priorité les améliorations dans les écoles primaires et secondaires, en soulignant que la faible qualité des écoles décourage les élèves et ne les prépare pas à devenir des travailleurs compétents.

Désavantages persistants pour les jeunes femmes et les filles

Selon un récent rapport de l’UNESCO, 35 pays, y compris 22 en Afrique sub-saharienne, sont loin d’atteindre les Objectifs du Millénaire de l’ONU pour le développement en termes de parité des sexes dans l’éducation, l’alphabétisation et l’accès universel à l’éducation primaire d’ici à 2015. Growing Up Global confirme ces statistiques en montrant que de nombreuses jeunes femmes et filles sont toujours confrontées à des inégalités chroniques en matière d’accès à la santé et à l’éducation.

En particulier, ce rapport cite la mortalité et la morbidité liées aux grossesses et à l’accouchement (y compris les avortements réalisés dans des conditions dangereuses) comme étant les plus grandes menaces touchant la santé des jeunes femmes. Les causes maternelles représentent 25 % des décès chez les femmes de 15 à 29 ans en Afrique du Nord et au Moyen Orient et 16 % en Afrique, Amérique latine et Asie du Sud. Le VIH/sida est la principale cause de mortalité chez les femmes de ce groupe d’âge en Afrique sub-saharienne, bien qu’il soit l’une des moindres causes de mortalité chez les femmes de ce groupe d’âge dans de nombreuses autres régions en voie de développement.

Alors que taux d’utilisation de contraceptifs ont été en constante augmentation au cours des 10 dernières années, ils restent relativement faibles comparés aux taux chez les femmes plus âgées. L’Amérique du Sud a le plus fort taux de filles sexuellement actives de 15 à 19 ans qui utilisent la contraception (28 %). Dans presque toutes les régions du monde, les taux de contraception sont plus élevés parmi les filles ayant au moins huit ans de scolarisation. Growing Up Global recommande que les jeunes aient accès à plus d’information générale en matière de santé et d’éducation sexuelle, y compris une formation sur les moyens de négocier, pour réduire le nombre de rapports sexuels à risque et non protégés.

Les filles continuent également à prendre du retard par rapport aux garçons en ce qui concerne l’accès à l’éducation dans plusieurs parties du monde. Il existe aussi des inégalités flagrantes en ce qui concerne la présence aux cours dans de nombreux pays. Au Pakistan, par exemple, 66 % des garçons âgés de 10 à 14 ans vont à l’école, contre 45 % des filles du même groupe d’âge. En Côte d’Ivoire, deux tiers des garçons âgés de 10 à 14 ans vont à l’école, contre moins de la moitié des filles.

Le mariage avant l’âge de 18 ans, bien qu’en baisse, est encore répandu et de nombreuses régions du monde en voie de développement ont de forts taux de grossesse précoce. Alors qu’il y a 20 ans, environ 30 % des jeunes femmes de 20 à 24 ans avaient un enfant avant l’âge de 18 ans, ce taux est maintenant de 23 %. Ce rapport note aussi que le fossé entre l’âge au mariage et l’âge à la première grossesse s’est réduit, passant de 24 à 16 mois au cours des deux dernières décennies.

Les effets de la mondialisation et de l’urbanisation

Growing Up Global ne prend pas position sur la mondialisation mais souligne que cette tendance, ainsi que l’urbanisation, a transformé les vies de nombreux jeunes dans les pays en voie de développement. Ces changements posent aussi des défis spécifiques. Alors que les taux de croissance économique au cours des 30 dernières années en Asie de l’Est et du Sud se sont rapprochés de ceux de quelques pays développés, les taux de croissance en Amérique latine, dans les Caraïbes et en Afrique sub-saharienne ont chuté.

Selon ce rapport, les tendances mondiales de l’urbanisation ont amélioré l’accès à l’éducation de base. En conséquence, plus de jeunes vivent à relative proximité d’une école primaire que par le passé. Mais alors que les jeunes en milieu urbain sont plus exposés à de nouvelles idées et ressources, y compris à la radio, la télévision et l’Internet, cette tendance ne se produit pas partout. Pour les jeunes en milieu rural, le rapport note que ” les modes et rythmes de vie peuvent sembler en grande partie inchangés. “

L’accès à une culture mondiale mène aussi à de nombreux comportements à risques : par exemple, le tabagisme augmente dans le monde en voie de développement et l’abus d’alcool et de drogues illégales augmentent lentement. Alors que les taux de tabagisme varient considérablement d’un pays à l’autre, une moyenne de 15 % des garçons scolarisés âgés de 13 à 15 ans fument ; le taux est de 7 % chez les filles. La consommation d’alcool étant la plus forte parmi les jeunes en milieu urbain, les chercheurs s’attendent à une augmentation de sa consommation suite à l’urbanisation continue de par le monde.

Les adolescents pauvres sont aussi le groupe le ” plus vulnérable ” aux implications négatives de la mondialisation, affirme le rapport. Puisque la probabilité que ces jeunes restent à l’école est plus faible, ces derniers sont confrontés à des désavantages à long terme en matière de compétences requises pour les emplois bien payés offrant des possibilités d’avancement. L’emploi des jeunes posera probablement un défi majeur dans certains pays d’Asie, d’Afrique sub-saharienne et du Moyen-Orient. En Tunisie, par exemple, l’emploi parmi les jeunes âgés de 20 à 24 ans a chuté de 83 %, il y a 20 ans, à 65 % aujourd’hui, et de 57 % à 37 % pour les jeunes de 15 à 19 ans. L’Égypte, la Turquie, la Malaisie, la Thaïlande présentent toutes des tendances similaires pour ces groupes d’âge.

En effet, selon Growing Up Global, la pauvreté est ” le plus grand ennemi des transitions réussies ” parmi les jeunes dans les pays en développement. Environ 325 millions de jeunes de pays en développement vivent avec un dollar ou moins par jour, un nombre plus élevé que l’ensemble de la population des États-Unis.


Charles Dervarics est un auteur pigiste basé à Alexandria en Virginie, qui se spécialise dans les questions d’éducation, de santé et d’emploi.


Pour plus d’information

Growing Up Global: The Changing Transitions to Adulthood in Developing Countries, éd. Cynthia B. Lloyd (Washington, DC : National Academies Press, 2005).