(Mai 2010) Bien que la planification familiale et la santé génésique soient essentielles à l’atteinte des objectifs de développement et qu’elles constituent les meilleurs investissements possibles en matière de santé publique, ces secteurs ne disposent généralement pas de ressources suffisantes. Les promoteurs de la santé génésique ont de plus en plus recours à une gamme étendue d’outils et de données analytiques pour renforcer les arguments en faveur des programmes de santé génésique. Les comptes secondaires de santé génésique sont l’une des approches utilisées pour aborder les questions liées aux politiques clés.

Les pays peuvent utiliser les comptes secondaires de santé génésique pour effectuer le suivi des flux de fonds pour les services de planification familiale/de santé génésique dans le système de santé. Ces comptes secondaires fournissent des données applicables aux questions cruciales liées aux politiques. Elles permettent notamment de savoir par qui sont financés les services de planification familiale et de santé génésique dans un pays donné, quelles sommes sont dépensées pour les services de planification familiale et de santé génésique et où passent les fonds.1 Les comptes secondaires de santé génésique contiennent des données sur les soins et les activités de prévention, sur les services de planification familiale, les soins prénatals et post-partum, ainsi que sur le traitement des avortements non médicalisés, les infections sexuellement transmissibles et autres problèmes gynécologiques.2

Comme le paludisme, le VIH/Sida et la mortalité infantile, la santé génésique est l’un des domaines où les données sont recueillies dans le cadre du processus d’examen des dépenses d’un compte national de santé. Les renseignements ainsi obtenus fournissent les données nécessaires à la surveillance des programmes, ainsi qu’à l’élaboration et la mise en œuvre des politiques.

Utilité des comptes secondaires de santé génésique

 Les comptes secondaires de santé génésique permettent d’affecter les ressources plus efficacement et d’obtenir de meilleurs résultats de santé. Grâce aux renseignements fournis par les comptes secondaires, les intervenants peuvent :

  • prendre en meilleure connaissance de cause des décisions d’affectation des ressources en fonction des données ;
  • plaider en faveur d’une exploitation des ressources provenant de sources nationales et internationales;
  • guider les processus d’élaboration des politiques en vue de remédier aux déséquilibres liés aux priorités négligées, au fardeau des paiements effectués par les foyers, ainsi qu’à la capacité d’absorption;
  • assurer le suivi des programmes plus facilement et plus efficacement;
  • accroître la transparence et la responsabilité.3

Puisqu’ils recueillent et analysent des données provenant de sources diverses, les comptes secondaires de santé génésique permettent d’apporter une réponse aux questions particulières concernant les politiques essentielles à la sécurité contraceptive et aux efforts visant à renforcer la planification familiale :

  • Quel fardeau représente le financement de la planification familiale pour les foyers ? Est-ce que le niveau des revenus a-t-il un impact sur le recours à la planification familiale ?
  • Le pays dépend-il de donateurs pour financer les programmes de planification familiale/de santé génésique ?
  • Dans quelle mesure le secteur informel (par exemple, les guérisseurs traditionnels et les vendeurs de rue) participe-t-il à la fourniture des services de planification familiale/de santé génésique ?
  • Dans quelle mesure la fourniture des services de planification familiale/de santé génésique est-elle confiée au secteur privé ?
  • De quelle manière les dépenses sont-elles liées aux résultats ?4

Les réponses à ces questions peuvent aider les intervenants à plaider plus efficacement en faveur d’une augmentation des ressources de santé génésique et à développer des façons de promouvoir la durabilité des programmes de planification familiale/de santé génésique. La compréhension de certaines de ces questions financières globales peut aussi contribuer à la création d’un environnement politique qui soutient un rôle plus actif du secteur privé dans le domaine de la santé génésique et de stratégies qui permettent au secteur public d’affecter des ressources limitées aux plus démunis.

Fonctionnement des comptes secondaires de santé génésique

Les chercheurs suivent le mouvement des fonds depuis leur source (comme les gouvernements), en passant par les agents de financement (comme les ministres de la santé), jusqu’aux prestataires de services et à la délivrance des services (voir la figure). Les sources de données primaires et secondaires, comme les budgets gouvernementaux, les données des systèmes d’information sur la santé, les enquêtes démographiques et de santé, ainsi que les autres types de sondages doivent toutes être utilisées pour recueillir les renseignements nécessaires.5 Le système des comptes secondaires de santé génésique est suffisamment flexible pour prendre en charge les besoins de pays particuliers, tout en étant suffisamment normalisé pour permettre des comparaisons entre les pays.6 L’analyse des dépenses des comptes secondaires de santé génésique devrait être partie intégrante des efforts systématiques de collecte de données pour les systèmes d’information sur la santé qui sont prises en compte lors de l’établissement des priorités et de l’affectation des ressources. Ces analyses sont effectuées dans le cadre d’une évaluation générale des comptes de santé nationaux, mais généralement moins souvent (tous les deux ou trois ans) que la collecte générale des données (tous les uns ou deux ans).7 Des pays aussi divers que l’Éthiopie, la Géorgie, le Malawi, le Mexique, le Rwanda et l’Ouganda ont entrepris des analyses des comptes secondaires de santé génésique. Le Malawi et le Rwanda ont entrepris ce processus à plusieurs reprises, ce qui leur a permis d’obtenir des données de tendances très utiles.8


Les flux de fonds et de services dans les comptes secondaires de santé génésique

Source : Health Systems 2020, National Health Accounts and Public Expenditure Reviews: Redundant or Complementary Tools? (Bethesda, MD : Abt Associates, 2009).


Comptes secondaires de santé génésique au Rwanda

C’est au Rwanda, en 2000, 2002 et 2006 que les comptes secondaires de santé génésique ont été utilisés pour la première fois. Les résultats de 2002 ont montré que le Rwanda dépendait fortement des donateurs pour ses programmes de planification familiale et de santé génésique. 80 % de la totalité des dépenses de santé génésique dans le pays étaient financés par des donateurs, tandis que la contribution du gouvernement était faible. En fait, les paiements effectués par les foyers représentaient une contribution plus importante que celle du gouvernement pour les services de santé génésique. Ces résultats ont amené le ministère de la santé à demander et obtenir un soutien accru du gouvernement pour la planification familiale et la santé génésique, qui est passé de 1 million de dollars en 2002 à 2,8 millions en 2006. Dans le même temps, les paiements effectués par les foyers pour la planification familiale et la santé génésique ont diminué. Néanmoins, malgré une diminution absolue du financement, une comparaison des niveaux de financement dans d’autres domaines prioritaires a montré que la santé génésique avait reculé en termes de priorité relative. Ces renseignements ont été utilisés par les intervenants pour demander que la planification familiale/de santé génésique soit sélectionnée parmi les quatre domaines prioritaires dans le Plan de travail commun annuel sur la santé du Rwanda de 2008. Dans le cas du Rwanda, les données ont servi de base aux activités de plaidoyer, à l’affectation des ressources et à l’établissement des priorités.9

Comptes secondaires de santé génésique au Malawi

Le Malawi bénéficie également de données de tendance des comptes secondaires de santé génésique obtenues lors de trois campagnes de recueil de données qui ont eu lieu entre 2002 et 2005. Les données des comptes secondaires de santé génésique indiquent qu’à 12 dollars par femme et par an, les ressources pour la planification familiale/la santé génésique sont inadéquates. Alors que les dépenses de santé génésique dans l’absolu avaient augmenté, elles ont diminué en tant que pourcentage de la totalité des dépenses de santé par rapport aux autres domaines de santé prioritaires et ce, malgré le fait que la santé génésique est au premier plan du programme d’action nationale en matière de santé. Les données des comptes secondaires de santé génésique font apparaître également que les ressources limitées sont affectées de façon disproportionnée à l’échelle des domaines prioritaires. Ayant l’un des plus hauts taux de mortalité maternelle au monde (984 décès maternels pour 100 000 naissances vivantes), la santé des mères est une priorité pour le Malawi. Il y a cependant très peu de financement pour les interventions liées aux soins de santé maternelle (comme la formation et les salaires des infirmières et des sages-femmes), pour les médicaments et les fournitures médicales, ainsi que pour l’approvisionnement en matériel et fournitures pour les soins obstétriques d’urgence, les soins prénatals, le travail, l’accouchement et les soins postnatals. Au Malawi, les comptes secondaires de santé génésique ont permis d’identifier non seulement les besoins globaux en matière de financement, mais également les déséquilibres au niveau de l’affectation des ressources.


Trisha Moslin est l’administratrice de programmes du Population Reference Bureau.


Références

  1. Susna De, Importance of NHA Subaccounts (Bethesda, MD: Health Systems 20/20 Project, 2008).
  2. Susna De and Laurel Hatt, “Reproductive and Child Health Subaccounts to Track Resource Allocations and Flows,” presentation at Scaling-Up High Impact FP/MNCH Best Practices, Bangkok, Sept. 4, 2007.
  3. De, Importance of NHA Subaccounts; and De and Hatt, “Reproductive and Child Health Subaccounts to Track Resource Allocations and Flows.”
  4. De, Importance of NHA Subaccounts; and USAID, “Using Reproductive Health Subaccounts to Advocate for Increased Resources for Family Planning,” Repositioning in Action E-Bulletin (August 2008), accessed at www.usaid.gov/our_work/global_health/pop/techareas/repositioning/repfp_ebulletin/080808_en.html, on Jan. 4, 2010.
  5. De and Hatt, “Reproductive and Child Health Subaccounts to Track Resource Allocations and Flows.”
  6. De, Importance of NHA Subaccounts.
  7. De, Importance of NHA Subaccounts.
  8. De, Importance of NHA Subaccounts.
  9. USAID, “Using Reproductive Health Subaccounts to Advocate for Increased Resources for Family Planning”; and Health Systems 20/20 Project, “National Health Accounts Subaccounts: Tracking Health Expenditures to Meet the Millennium Development Goals,” Project Brief (2009).
  10. Government of Malawi, Malawi National Health Accounts 2002-2004 With Sub-Accounts for HIV and AIDS, Reproductive and Child Health (Bethesda, MD: Partners for Health Reform Plus Project, Abt Associates Inc., 2007).