(Octobre 2007) Les taux de besoins en services de planification familiale non satisfait demeurent élevés dans les pays en développement : c’est ce que révèle un rapport que vient de publier le Guttmacher Institute, institution basée aux Etats-Unis.1 Selon les enquêtes, une femme mariée sur sept dans ces pays n’a pas accès à la contraception. Mais en Afrique sub-saharienne, ce ratio est de près de une sur quatre.

Les femmes ayant des « besoins non satisfaits en services de planification familiale » sont des femmes en âge d’avoir des enfants qui préfèrent reporter ou éviter une grossesse, mais n’utilisent pas de méthode de contraception. Depuis les années 1960, lorsque ce concept a commencé à faire son apparition, répondre aux besoins non satisfaits est devenu la base de nombreux programmes de planification familiale et de population du monde.2

Des progrès limités

Sur la base de données tirées des Enquêtes démographiques et de santé, les auteurs du rapport Guttmacher ont conclu qu’entre 1990 et 1995 et entre 2000 et 2005, les besoins non satisfaits ont enregistré un déclin de près de 2 % en Afrique sub-saharienne. Dans d’autres régions du monde en développement — notamment l’Amérique Latine et les Caraïbes, l’Afrique du Nord et l’Asie de l’Ouest, et l’Asie du Sud et du Sud-est — les progrès ont été supérieurs et le taux de besoins non satisfaits a baissé d’entre 4 et 7 %.


Pourcentage de femmes mariées ayant un besoin non satisfait de services de contraception, ventilé par région, 1990-1995 et 2000-2005



Note : Les femmes sont considérées comme ayant un besoin non satisfait si elles déclarent qu’elles préfèrent éviter une grossesse mais n’utilisent aucune méthode de contraception.
Source : Gilda Sedgh et al., Women With an Unmet Need for Contraception in Developing Countries and Their Reasons for Not Using a Method (New York : Guttmacher Institute, 2007).


Les moyennes régionales dissimulent parfois des écarts considérables dans les taux de besoins non satisfaits des différents pays. Par exemple, dans la région Amérique Latine et Caraïbes, 6 % seulement des femmes au Brésil présentaient des besoins non satisfaits, contre 40 % des femmes en Haïti.

Obstacles à l’amélioration de la réponse aux besoins

Selon les auteurs du rapport, il reste encore des obstacles à la mise en application efficace des programmes de planification familiale et de réduction des besoins non satisfaits de services contraceptifs pour diverses raisons :

  • Une femme ne pense pas courir de risque de tomber enceinte, elle n’est pas informée des méthodes de contraception ou bien elle s’inquiète des risques pour sa santé et des effets secondaires éventuels.
  • Les services de contraception ne sont pas facilement accessibles ou la gamme des méthodes offertes est limitée.
  • La femme, son partenaire ou d’autres membres de la proche famille s’opposent aux méthodes de planification familiale.

Les raisons avancées par les femmes qui n’utilisent pas la contraception varient d’une région et d’un pays à l’autre. Par exemple, en Afrique du Nord et en Asie de l’Ouest, plus de 60 % des femmes ayant un besoin non satisfait en services contraceptifs, n’ont pas recours à la contraception parce qu’elles ne pensent pas courir le risque de tomber enceinte. En Amérique Latine, environ la moitié des femmes ont avancé le même argument. Et en Asie du Sud et du Sud-Est et en Afrique sub-saharienne, environ 35 % des femmes ont fait de même.

Les femmes sont aujourd’hui mieux informées de leurs options contraceptives. La proportion des femmes mariées qui attribuent leur non utilisation de contraceptifs au manque d’informations a chuté en flèche depuis les années 1980. À la fin des années 1980, 25 à 44 % des femmes donnaient cette raison. Selon les enquêtes réalisées depuis 2000, zéro à 12 % des femmes déclarent ne pas utiliser la contraception par manque d’information.

Pourquoi les femmes n’utilisent-elles pas la contraception ?

Cependant, un plus grand nombre de femmes optent aujourd’hui contre la contraception en raison de leurs inquiétudes quant aux risques de santé et aux effets secondaires de différentes méthodes ou considèrent la contraception trop contraignante. À la fin des années 1980, 6 à 28 % des femmes mariées citaient une de ces raisons liées à la méthode, mais entre 19 et 36 % des femmes ont donné cette même réponse plus récemment. Ceci semble indiquer que, malgré le succès des programmes d’éducation des femmes concernant leurs options de planification familiale, les risques réels et perçus liés à certaines méthodes de contraception continuent à en entraver l’utilisation.

Un changement tactique

Pour résoudre le problème continu des besoins non satisfaits, les promoteurs de la planification familiale ont cessé de se concentrer exclusivement sur la réduction des pressions environnementales, économiques et sociales de la croissance démographiques et se tournent maintenant aussi vers l’incitation des couples à atteindre leurs propres objectifs de fécondité en aidant ceux-ci à choisir le nombre et l’espacement des grossesses. Selon les spécialistes des sciences sociales, la lutte contre les besoins non satisfaits sera utile aux femmes, en particulier celles des pays en développement.

Si une femme peut décider du nombre d’enfants qu’elle aura ou de l’espacement entre les naissances, elle peut ainsi limiter les risques pesant sur sa santé, notamment la mortalité ou l’invalidité associée aux avortements à risque pour mettre fin aux grossesses non souhaitées ou inopportunes, renforcer son niveau d’éducation et améliorer ses chances d’emploi ; participer davantage à la vie sociale et politique et améliorer ses conditions de vie.

Sur la base des attitudes et des comportements des femmes dans le monde en développement, les auteurs suggèrent la réponse suivante aux besoins non satisfaits :

  • Se concentrer sur les populations les moins desservies, en particulier les femmes de l’Afrique sub-saharienne, en incluant à la fois les femmes les plus pauvres de toutes les régions et celles qui vivent dans les zone rurales.
  • Diversifier et améliorer les méthodes contraceptives et offrir des services de conseil pour permettre à chaque femme de sélectionner la méthode lui convenant le mieux.
  • Renforcer la sensibilisation et poursuivre les efforts d’éducation sur la planification familiale en abordant notamment les perceptions excessives des niveaux de risque.
  • Offrir de meilleures opportunités éducatives et économiques aux femmes, notamment pour les démarginaliser et pour promouvoir des changements culturels en faveur de la planification familiale.

Sara Maki était stagiaire au PRB pendant l’été 2007.


Références

  1. Gilda Sedgh et al., Women With an Unmet Need for Contraception in Developing Countries and Their Reasons for Not Using a Method (New York : Guttmacher Institute, 2007), consulté en ligne à www.guttmacher.org le 27 août 2007.
  2. John B. Casterline et Steven W. Sinding, « Unmet Need for Family Planning in Developing Countries and Implications for Population Policy », Policy Research Division Working Paper 135 (2000), consulté en ligne à www.popcouncil.org le 27 août 2007.

Voir également : Lori Ashford, Besoin insatisfait en planning familial : les tendances récentes et leurs répercussions sur les programmes (Washington, D.C. : Population Reference Bureau, 2003). Disponible en ligne à http://www.prb.orghttps://www.prb.org/wp-content/uploads/2003/02/UnmetNeed_French.pdf .