(Janvier 2004) Deux cents ans après sa victoire sur les troupes de Napoléon et l’avènement de son indépendance de la France, Haïti demeure un pays troublé. Avec des décennies de violence politique, une pauvreté persistante et des conditions de santé médiocres, la première république noire est plus connue comme un pays en crise que comme une nation dotée d’un riche passé politique et culturel.

Pays au relief montagneux qui partage l’île d’Hispaniola avec la République Dominicaine, Haïti est caractérisée par une vaste disparité de revenus entre la majorité noire pauvre et la minorité mulâtre plus riche et porte depuis longtemps le titre de nation la plus pauvre de l’Occident,. La pauvreté est particulièrement aiguë dans les campagnes. Selon la Banque interaméricaine de Développement, dans les zones rurales, où vivent près des deux tiers des 7,5 millions d’habitants du pays, 80 % de la population vit avec moins d’un dollar US par jour.1

Les troubles politiques persistants du pays ne semblent guère susceptibles de s’améliorer de sitôt. Tout optimisme ayant suivi la chute de la brutale dynastie des Duvalier a disparu depuis longtemps. Quelque 17 ans et plusieurs crises constitutionnelles plus tard, la gouvernance en Haïti demeure instable, l’infrastructure du pays est en ruines, le système judiciaire est corrompu, les forces de police exercent une influence importante, et les questions de légitimité remettent constamment en question la présidence jadis populaire de Jean-Bertrand Aristide. Mécontents de la situation et des accusations d’irrégularités électorales, certains bailleurs de fonds se sont abstenus de fournir une assistance économique à Haïti.

Les indicateurs sanitaires et sociaux reflètent l’instabilité politique et les privations économiques dont souffre ce pays, où les efforts de commémoration du 200 ème anniversaire de l’indépendance le 1 er janvier se sont achevés dans une recrudescence de violence. L’espérance de vie atteint à peine 51 ans, contre 79 ans au Costa Rica et 69 ans au Nicaragua, le pays le pauvre de l’Amérique centrale, révèle le Population Reference Bureau.2

Le taux de mortalité élevé de ce pays résulte d’une pauvreté généralisée et de l’épidémie de VIH-SIDA.3 Selon les agences des Nations Unies, 30 000 adultes et enfants haïtiens sont morts du SIDA en 2001 et le taux de séropositivité chez les adultes dépasse 6 %.4 On estime qu’environ 200 000 enfants de moins de 15 ans ont perdu au moins l’un de leurs parents à cause du SIDA.

Les enfants d’Haïti sont particulièrement vulnérables aux conditions tragiques du pays. Selon l’Organisation panaméricaine de la Santé, la malnutrition, les maladies diarrhéiques, la pneumonie et d’autres infections respiratoires aiguës sont les principales causes des décès d’enfants.5 Le taux de mortalité infantile est de loin le plus élevé de toute la région, avec un niveau estimé à 80 décès d’enfants de moins d’un an pour 1000 naissances vivantes, contre 31 en République Dominicaine et 6 chez son voisin impécunieux, Cuba.6

Le secteur de l’éducation a lui aussi beaucoup souffert. Plus de la moitié des femmes adultes du pays ne savent ni lire ni écrire, contre 9 % en Jamaïque, 3 % à Cuba et 2 % en Uruguay.7 La vaste majorité des écoles du pays — 80 % environ — sont des établissements privés, les dépenses publiques pour l’éducation, qui ne représentent que 2,5 % du produit intérieur brut, étant concentrées dans les régions urbaines.8


Indicateur
Données
Population à la mi-2003 7 500 000
Population en 2025 (projections) 11 100 000
Population en 2050 (projections) 15 100 000
Taux de mortalité infantile (nombre de décès de nouveau-nés pour 1000 naissances vivantes) 80
Indice synthétique de fécondité (nombre moyen d’enfants par femme pendant son existence) 4,7
Population âgée de moins de 15 ans (en %) 40
Population âgée de plus de 65 ans (en %) 4
Espérance de vie, pour les deux sexes (en années) 51
Espérance de vie à la naissance, hommes (en années) 50
Espérance de vie à la naissance, femmes (en années) 52
Population urbaine (en %) 36
Population séropositive âgée de 15 à 49 ans fin 2001 (en %) 6,1
Usage des contraceptifs par les femmes mariées âgées de 15 à 49 ans, toutes méthodes confondues (en %) 28
Usage des contraceptifs par les femmes mariées âgées de 15 à 49 ans, méthodes modernes (en %) 22
Opinion du gouvernement quant au taux de natalité Trop élevé
Accouchements en présence de personnel qualifié (en %) 24
Nombre de décès maternels pour 100 000 naissances vivantes 1 100
PPP PNB par habitant, 2001 (US$) $1 870

Sources : Carl Haub, Fiche de données sur la population mondiale 2003 (Washington, DC : PRB, 2003) ; et Justine Sass et Lori Ashford, Les femmes de notre monde 2002 (Washington, DC : PRB, 2002). Toutes ces informations sont aisément accessibles avec le DataFinder du PRB.


Yvette Collymore est rédacteur principal au PRB.


Références

  1. Banque interaméricaine de développement, “Haïti : Proposition de prêt pour le financement d’un programme de développement local”, consulté en ligne à l’adresse suivante : www.iadb.org/exr/ENGLISH/PROJECTS/ha1491e.pdf, le 6 janvier 2004.
  2. Carl Haub, Fiche de données sur la population mondiale 2003 (Washington, DC : Population Reference Bureau, 2003).
  3. Organisation panaméricaine de la Santé (PAHO), “Profils de pays : Haïti”, consulté en ligne à l’adresse suivante : www.paho.org/English/DD/AIS/cp_332.htm, le 9 janvier 2004.
  4. Programme conjoint des Nations Unies, de l’UNICEF et de l’OMS contre le VIH/SIDA, “Fiches de données épidémiologiques par pays”, consulté en ligne à l’adresse suivante : www.who.int/emc-hiv/fact_sheets/pdfs/haiti_en.pdf, le 9 janvier 2004.
  5. OPS, “Profils de pays : Haïti”.
  6. Haub, Fiche de données sur la population mondiale 2003.
  7. Fonds de Nations Unies pour la Population (FNUAP), L’état de la population mondiale — édition 2003 (New York : FNUAP, 2003).
  8. OPS, “Profils de pays : Haïti”.