(Mai 2011) Les prix des denrées alimentaires ne cessent d’augmenter sur le marché mondial, menaçant d’atteindre des niveaux record dans les mois à venir si les tendances actuelles se poursuivent. Une demande mondiale croissante due à une démographie mondiale galopante, ainsi que des modes de consommation en évolution et la baisse des approvisionnements due en partie à de mauvaises conditions météorologiques ont provoqué une hausse 15 pour cent de l’indice des prix alimentaires de la Banque mondiale entre octobre 2010 et janvier 2011.1 L’indice a augmenté de 29 pour cent au total entre février 2010 et février 2011. En janvier, l’indice des prix des denrées alimentaires de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) était à son plus haut niveau depuis le début de son suivi en 1990.2 Si les pays ne sont pas tous affectés de la même manière, la volatilité récente est particulièrement alarmante dans les régions où les populations dépensent plus de la moitié de leurs revenus pour se nourrir.

Les prix alimentaires mondiaux ont atteint des niveaux record, mettant en difficulté les pays à revenus faibles et intermédiaires

Des conditions météorologiques défavorables dans le monde accompagnées de l’incertitude de la qualité des récoltes de blé en Chine ont affecté l’approvisionnement alimentaire mondial. Une chaleur et une sécheresse record en 2010 dans l’ex-Union soviétique ont fortement réduit la production de blé, bouleversant l’approvisionnement mondiale de blé. Des conditions extrêmes de sécheresse au Brésil—exportateur majeur de produits alimentaires—ont grandement contribué à provoquer des déficits en sucre, soja et maïs dans le monde. Des précipitations et des inondations dévastatrices en Australie ont endommagé les cultures de blé et réduit les rendements des récoltes de sucre. En outre, une sécheresse grave en Chine menace la récolte de blé du pays et a poussé la FAO à émettre une alerte spéciale, caractérisant la situation actuelle comme « un problème grave potentiel ».3 Pendant des décennies, la Chine s’est appuyée principalement sur sa propre production céréalière et était absente du marché mondial céréalier. Toutefois, si la sécheresse devait détruire une partie importante de la récolte et si la Chine devait importer des céréales pour satisfaire la demande intérieure, l’impact pourrait bouleverser le marché mondial et entraîner une hausse encore plus marquée des prix mondiaux. Compte tenu du pouvoir d’achat de la Chine, elle pourrait gagner la surenchère vis-à-vis des autres pays dans le marché mondial et sécuriser l’approvisionnement de sa propre population. Une population mondiale en expansion, une plus grande dépendance à l’égard des cultures comme les biocarburants et une consommation alimentaire en pleine transformation sont des facteurs qui contribuent à augmenter la demande alimentaire mondiale, élargissant encore plus l’écart entre l’offre et la demande. Sachant que la volatilité des prix et la demande croissante ont toutes les raisons de persister, « nous avons besoin d’une action mondiale pour veiller à mieux garantir l’alimentation des populations pauvres avant de relever les défis de nourrir les neufs milliards prévus d’habitants dans le monde à l’horizon 2050, » a déclaré Robert Zoellick , le président de Banque mondiale.4

Selon l’indice de la Banque mondiale, les prix mondiaux du sucre ont atteint un niveau inégalé depuis 30 ans au début de l’année 2011, après avoir augmenté de 12 pour cent depuis janvier 2010. Le prix des huiles alimentaires a augmenté de 73 pour cent depuis juin 2010. Parmi les céréales, le prix du blé est celui qui a augmenté le plus, ayant plus que doublé entre juin 2010 et janvier 2011. Le prix du maïs a été touché par la flambée des marchés du blé et du pétrole et a également fait un bond d’environ 73 pour cent au cours du deuxième semestre 2010. D’autres produits qui contribuent à la diversité alimentaire, tels que les légumes et les haricots, ont également affiché des augmentations de prix importantes. Les prix n’augmentent pas au même rythme dans tous les pays, les marchés nationaux sont affectés en fonction de la façon dont les gouvernements protègent leurs populations contre les surtensions des prix mondiaux à travers l’utilisation de subventions, de taxes d’importation et l’augmentation de la production nationale.


Figure 1
Changement des cours mondiaux des produits de base, janvier 2010 à janvier 2011

Source: La Banque mondiale, “Commodity Price Data (Pink Sheet),” consulté à http://siteresources.worldbank.org/INTDAILYPROSPECTS/Resources/Pnk_0411.pdf, le 11 avril 2011.


Bien que les prix alimentaires aient augmenté régulièrement depuis sept mois consécutifs jusqu’en février 2011, ils n’ont pas augmenté au même rythme selon le produit (voir Figure 1). Selon le Food Price Watch de la Banque mondiale, cette situation se distingue de celle de 2008, où la flambée des prix avait provoqué des émeutes de la faim à travers le monde en développement. Les prix de la viande sont restés relativement stables au cours de l’année écoulée. À la suite de bonnes récoltes dans les pays exportateurs, les prix mondiaux du riz étaient moins élevés à la fin de l’année 2010 qu’en début d’année, à savoir 70 pour cent en dessous de son pic de 2008. Par conséquent, le riz fournit une alternative céréalière plus abordable pour les populations pauvres et son accessibilité a permis à plus de gens de ne pas sombrer dans la pauvreté et la malnutrition. Dans le même temps, certaines économies asiatiques ont enregistré de fortes augmentations des prix du riz. Au Vietnam, au Bangladesh et en Indonésie—pays consommateurs élevés de riz—les prix nationaux ont augmenté de plus de 30 pour cent au cours de l’année écoulée.5

La flambée des prix alimentaires nuit de façon disproportionnée aux populations pauvres des pays en développement. Cela est particulièrement vrai dans les régions où les habitants dépensent la majorité de leurs revenus dans l’alimentation et comptent sur un produit alimentaire spécifique. Bien que certains agriculteurs et producteurs de denrées alimentaires affichent des bénéfices plus importants, l’effet net de la hausse des prix représente une augmentation du nombre de pauvres. La Banque mondiale estime que 44 millions de personnes supplémentaires sont tombées dans la pauvreté dans le monde en développement en raison de la hausse des prix alimentaires. Dans l’ensemble, le nombre de personnes souffrant de faim chronique a recommencé à augmenter après une courte baisse de 925 millions en 2010 (voir Figure 2). Selon M. Zoellick, « les tendances vers le milliard sont inquiétantes. Les prix mondiaux des denrées alimentaires augmentent à des niveaux dangereux et menacent des dizaines de millions de personnes pauvres dans le monde. »6


Figure 2

Répartition des personnes sous-alimentées dans le monde en 2010 (en millions)

Source: Division statistique de la FAO, consulté à www.fao.org/economic/ess/en/, le 7 avril 7, 2011.


L’Inde particulièrement touchée par la hausse des prix

Les prix alimentaires augmentent plus rapidement en Inde que dans d’autres grandes économies. Alors que la population du pays continue de croître et que les revenus de la classe moyenne augmentent, une pression croissante s’exerce sur le gouvernement pour nourrir l’ensemble du pays. Malgré une croissance économique rapide au cours des dix dernières années, l’Inde se bat encore pour nourrir sa population ; selon l’Enquête nationale sur la famille et la santé 2005/2006, 40 pour cent des enfants de moins de 3 ans présentaient une insuffisance pondérale et 45 pour cent un retard de croissance.7 Le manque d’investissements a maintenu une faible productivité agricole nationale alors que le travail manuel reste la source principale de la production alimentaire nationale. En 2008/2009, l’agriculture employait environ 52 pour cent de la population active, mais ne représentait que 13 pour cent du PIB de l’Inde.8 L’exploitation de la terre et l’agriculture demeurent largement inefficaces et inadaptées à l’alimentation des 1,2 milliards d’habitants du pays. Une faible production et un été exceptionnellement humide en 2010 ont contribué à l’inflation actuelle des prix alimentaires, qui a atteint un taux annuel de 16 pour cent en janvier 2011. Ce chiffre synthétique masque la hausse du prix de certains produits de base, tels que l’oignon et l’ail, qui a augmenté de 71 pour cent au cours de l’année écoulée. La forte augmentation est des plus alarmantes pour les 41 pour cent de la population en Inde qui vit avec 1,25 dollar ou moins par jour et qui dépense la majorité de ses revenus en nourriture, sachant que même les produits alimentaires de base sont de moins en moins abordables.9 Le gouvernement réagit à la crise actuelle en accordant de fortes subventions à la production agricole et en important des quantités croissantes de certains produits de base, comme les lentilles et les haricots, pour garantir leur disponibilité. Il a également imposé des restrictions à l’exportation sur certains produits, les réservant à un usage intérieur.10 Toutefois, ces politiques ne peuvent fournir que des solutions temporaires. Des investissements à long terme sont nécessaires dans la recherche agricole pour améliorer la qualité des semences, les techniques d’irrigation et moderniser la production d’autres denrées.11


Kata Fustos est interne en communication au Population Reference Bureau.


Références

  1. La Banque mondiale, “Food Price Watch” (février 2011), consulté à www.worldbank.org/foodcrisis/food_price_watch_report_feb2011.html, le 17 février 2011.
  2. Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), “Global Food Price Monitor” (3 février 2011), consulté à www.fao.org/giews/english/gfpm/GFPM_02_2011.pdf, le 6 février 2011.
  3. FAO Global Information and Early Warning System on Food and Agriculture, “Special Alert: A Severe Winter Drought in the North China Plain May Put Wheat Production at Risk” (8 février 2011).
  4. La Banque mondiale, “Food Security Fears Rise Along With Prices” (avril 2011), consulté à http://go.worldbank.org/VCXQZNWRA0, le 7 avril 2011.
  5. La Banque mondiale, “Food Price Watch” and FAO, “Global Food Price Monitor.”
  6. “Food Price Hike Drives 44 Million People into Poverty,” World Bank Press Release No: 2011/333/PREM (Feb. 15, 2011), consulté à http://go.worldbank.org/OFGV8BZN20, le 17 février 2011.
  7. National Family Heath Survey, “Key Indicators for India” (2005-06), consulté à www.nfhsindia.org/pdf/India.pdf, le 16 février 2011.
  8. Ministère des Finances, Government of India, “Economic Survey 2010-11” (février 2011).
  9. UNDP, “Multidimensional Poverty Index,” consulté à http://hdr.undp.org/en/media/HDR_2010_EN_Table5_reprint.pdf, le 17 février 2011.
  10. Corey Flintoff, “Food Price Surge Puts Strain on India’s Poor,” NPR (6 janvier 2011).
  11. Renuka Mahadevan, “Productivity Growth in Indian Agriculture: The Role of Globalization and Economic Reform” Asia-Pacific Development Journal  10, no. 2 (2003).