(Mars 2009) L’adoption à grande échelle de la planification familiale représente l’un des changements les plus notables du XXe siècle.1 L’utilisation croissante de la contraception de par le monde a donné aux couples la possibilité de choisir combien d’enfants ils auront et avec quel espacement, et a eu un impact positif considérable quant au nombre de vies sauvées. Cependant, en dépit des progrès impressionnants, l’emploi de la contraception demeure peu élevé, et les besoins en services de contraception restent considérables dans certains des régions les plus pauvres et les plus peuplées de notre monde.

Les études réalisées récemment révèlent comment la planification familiale améliore les chances de survie et la santé de millions de personnes et contribue à la réalisation des objectifs nationaux. Considérée comme un « achat recommandé » parmi les investissements dans le secteur de la santé, la planification familiale est l’un des interventions les plus rentables et à plus fort rendement qui soit. Les pays qui investissent dans la planification familiale récoltent des avantages immédiats dans le domaine de la santé et de l’éducation, et des bénéfices dans le domaine social et environnemental qui auront des répercussions bien au-delà d’une seule génération.

La planification familiale pourrait permettre de prévenir bien d’autres décès — en particulier dans les pays les plus pauvres — si nous mettons les connaissances actuelles en pratique :

  • La planification familiale sauve les vies des femmes. La planification familiale pourrait prévenir jusqu’à un décès maternel sur trois en permettant aux femmes de reporter ou d’espacer leurs grossesses, d’éviter les grossesses non souhaitées et les avortements, et de cesser d’avoir des enfants lorsqu’elles ont atteint la taille désirée pour leur famille.2
  • La planification familiale sauve les vies d’enfants. Après l’accouchement, la planification familiale peut aider les femmes à attendre au moins deux ans avant d’essayer de tomber à nouveau enceintes, ce qui permet de réduire de manière considérable le nombre de décès de nouveau-nés, de nourrissons et d’enfants.3
  • La planification familiale sauve les vies d’adolescents. Les grossesses chez les adolescentes posent des risques de santé non seulement pour les bébés mais aussi pour les jeunes mères, en particulier celles qui ont moins de 18 ans. La planification familiale peut aider les jeunes femmes à éviter les grossesses pendant cette période à haut risque, ainsi que les conséquences sociales et économiques des grossesses précoces. 
  • La planification familiale réduit les décès attribuables au sida. Une utilisation correcte et systématique des préservatifs peut réduire de manière significative le taux des nouvelles infections par le VIH. Bien des femmes et des couples séropositifs souhaitent éviter une grossesse et il existe bon nombre de méthodes efficaces pour les aider à réaliser ce voeu. En évitant les grossesses non souhaitées et à risque élevé, la planification familiale réduit la transmission du VIH de la mère à l’enfant et le nombre d’orphelins du sida, dont les chances de survie se trouvent sérieusement diminuées parce qu’ils ont perdu un de leurs parents, en particulier la mère. 
  • La planification familiale aide les gouvernements à atteindre leurs objectifs nationaux et internationaux de développement. Les gouvernements du monde entier se concentrent sur la lutte contre la pauvreté et la réalisation d’une série d’objectifs de santé et de développement, notamment ceux indiqués dans les objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) de l’Organisation des Nations Unies. La planification familiale peut contribuer à la réalisation de presque tous ces objectifs, y compris la réduction de la pauvreté et de la faim, la promotion de l’égalité entre les sexes et l’habilitation des femmes, la réduction des taux de mortalité infantile, l’amélioration de la santé maternelle, la lutte contre le VIH/sida et la protection de l’environnement.4

Il existe une méthode sure et efficace de planification familiale pour chaque femme, une méthode lui permettant de protéger sa santé et celle de ses enfants. Plus de la moitié des couples du monde en développement ont recours à la planification familiale pour reporter, espacer ou limiter les grossesses futures, et pourtant les besoins pour les services de planification familiale continuent à augmenter, de concert avec le nombre de femmes en âge d’avoir des enfants. Selon les estimations, 137 millions de femmes dans le monde présentent un besoin non satisfait en services de planification familiale — elles n’utilisent aucune méthode bien qu’affirmant souhaiter éviter une grossesse.5

Pour atteindre ces femmes et sauver de nouvelles vies, les gouvernements et les bailleurs de fonds doivent se concentrer davantage sur les programmes de planification familiale, avec les engagements financiers majorés qui s’imposent. Au cours de la dernière décennie, toutefois, de nombreux pays ont réduit leurs efforts de planification familiale, dans le contexte changeant des priorités sanitaires et de développement à l’échelle internationale. Les décideurs politiques ont tourné leur attention vers d’autres questions telles que le VIH/sida, les maladies infectieuses et la réduction de la pauvreté persistante. Par suite, les programmes de planification familiale ont du mal à survivre à un moment où un accès universel aux services de planification familiale pourrait contribuer à résoudre ces problèmes.

Il est important de surmonter ces défis pour protéger la santé et le bien-être des mères, des enfants et des familles. A un coût d’approvisionnement moyen d’US $1,55 par utilisateur et par an, la planification familiale permet de manière efficace, peu onéreuse et sans danger d’éviter les décès de mères et d’enfants.6 Les gouvernements et les bailleurs de fonds doivent travailler de concert pour renforcer les programmes de planification familiale.

L’engagement des ressources supplémentaires et l’affectation plus efficace des ressources existantes peuvent aider les gouvernements à investir dans des programmes qui : (1) améliorent l’accès aux services de planification familiale, en particulier pour les femmes vivant dans les régions rurales, les jeunes et les pauvres en région urbaine ; (2) assurent un approvisionnement constant en méthodes contraceptives ; (3) fournissent des services de haute qualité ; et (4) renforcent les activités de communication et les interventions en faveur des changements de comportement pour accroître les connaissances et l’utilisation des méthodes de planification familiale. Ces mesures permettront de sauver la vie de bien d’autres femmes, enfants et adolescents.


Rhonda Smith, vice-présidente associée pour les Programmes internationaux au PRB. Lori Ashford, ancienne directrice des communications des politiques au PRB. Jay Gribble, vice-président pour les Programmes internationaux au PRB. Donna Clifton, spécialiste des communications au PRB.


Références

  1. Elaine Murphy, « Diffusion of Innovations: Family Planning in Developing Countries », Journal of Health Communication 9, Supplément 1 (2004) : 123-29.
  2. Martine Collumbien, Makeda Gerressu et John Cleland, « Non-Use and Use of Ineffective Methods of Contraception », dans Comparative Quantification of Health Risks: Global and Regional Burden of Disease Attributable to Selected Major Risk Factors, ed. Majid Ezzati et al. (Genève : Organisation mondiale de la Santé, 2004) : 1255-1320.
  3. Organisation mondiale de la Santé (OMS), Report of a WHO Technical Consultation on Birth Spacing (Genève : OMS, 2007).
  4. Return of the Population Growth Factor — Its Impact Upon the Millennium Development Goals, Report of Hearings by the All Party Parliamentary Group on Population, Development, and Reproductive Health, janvier 2007.
  5. Susheela Singh et al., Adding It Up: The Benefits of Investing in Sexual and Reproductive Health Care (New York : Guttmacher Institute et UNFPA, 2003).
  6. Ruth Levine et al., « Contraception », dans Disease Control Priorities in Developing Countries, 2e éd., ed. Dean T. Jamison et al. (New York : Banque mondiale et Oxford University Press, 2006) : 1082.