(Janvier 2003) La maternité est une période qui devrait être faite d’anticipation et de bonheur pour une femme, sa famille et sa communauté. Cependant, pour un grand nombre de femmes, c’est une période de risque et de danger. Dans les pays en développement, plus d’un demi million de mères meurent chaque année de problèmes associés à leur grossesse. Et pour chaque femme qui meure, une trentaine sont les victimes de problèmes médicaux dramatiques tels que l’infertilité ou des dommages à leurs organes reproducteurs1. Au Cambodge, les complications liées à la maternité sont l’une des principales causes de décès des femmes âgées de 15 à 49 ans. La sécurité de la maternité peut être améliorée par des systèmes de santé susceptibles de faire face aux complications sérieuses et délétères de la grossesse et de l’accouchement dès qu’elles se présentent. Ceci exige des interventions ciblées pour améliorer la santé et le bien-être des femmes à chaque étape de la maternité : pendant la grossesse, pendant l’accouchement et en période post-partum.

Alors que, dans les pays développés, la grossesse est une condition normale et saine pour les femmes en âge d’avoir des enfants, pour les femmes du monde en développement chaque grossesse représente un risque de décès et d’invalidité. Dans les pays en développement, les complications susceptibles de se produire avant, pendant et après l’accouchement sont souvent fatales.

L’on considère comme un décès maternel tout décès survenant pendant la grossesse ou l’accouchement, ou pendant les deux mois suivant l’accouchement ou l’interruption de la grossesse. À l’échelle mondiale, l’on enregistre 430 décès maternels pour 100.000 naissances vivantes2. Au Cambodge, l’on enregistre 437 décès pour 100.000 naissances vivantes, ce qui fait des complications liées à la maternité l’une des principales causes de décès des Cambodgiennes entre 15 et 49 ans. Selon les résultats de l’Enquête démographique et de santé (EDS) 2000 pour le Cambodge, environ une Cambodgienne sur cinq décédées dans les sept années précédant l’EDS était la victime de complications d’une grossesse3. La grande majorité de ces décès aurait pu être évitée par des soins de qualité pendant la grossesse, l’accouchement et la période post-partum.

Soins requis par les futures mamans

Les soins fournis avant la naissance établissent un lien crucial entre les femmes et le système de santé, tout en fournissant divers services médicaux essentiels aux futures mamans. Les soins prénatals permettent de détecter et de traiter toute condition chronique telle que l’anémie et l’hypertension, de fournir des conseils en matière de nutrition pendant la grossesse et d’aider les familles à se préparer pour l’accouchement.

Au Cambodge, plus de la moitié des mamans (55 %) ne bénéficient d’aucun soin pendant leur grossesse. Seules deux mères sur cinq reçoivent des soins prénatals assurés par du personnel médical qualifié (médecins, infirmières et sages-femmes). Les différences régionales en matière de soins prénatals sont importantes : 84 % des mères de la ville de Phnom Penh reçoivent des soins administrés par du personnel médical qualifié, contre 20 % seulement des mères dans la région de Mondol Kiri/Rotanak Kiri. La majorité des femmes qui tentent d’obtenir ces soins sont traitées par des sages-femmes (32 %), un nombre moins important tentant de se procurer les services d’infirmières (5 %) ou de médecins (1 %). Sept pour cent sont traitées par des accoucheuses traditionnelles non formées (AT)4. Des recherches plus approfondies sont nécessaires avant qu’il soit possible d’identifier et de surmonter les obstacles qui empêchent les femmes enceintes de bénéficier de services prénatals. Parmi les facteurs qui expliquent cette situation figurent le manque de satisfaction face à l’attitude du personnel médical, le temps, les coûts et les difficultés associés à l’obtention des services, et le fait qu’un grand nombre de femmes préfèrent être traitées par du personnel féminin.

Liens entre la nutrition maternelle et la nutrition infantile

L’état nutritionnel d’une femme a un impact direct sur ses chances de survivre sa grossesse et les chances de son enfant de mener une vie saine. Les besoins en calories, en vitamines, en minéraux et en protéines augmentent de manière importante pendant la grossesse. Les femmes vivant dans des environnements pauvres en ressources et celles ayant un accès limité aux services de santé ne parviennent pas toujours à satisfaire ces impératifs nutritionnels renforcés.

Les carences en fer sont sans doute la forme de malnutrition maternelle la plus fréquemment rencontrée et la principale cause d’anémie. Les carences en fer sont parfois dues à un manque de fer dans le régime alimentaire de la femme ou à une mauvaise absorption du fer dans les aliments, au paludisme ou à d’autres infections parasitaires. Les mères souffrant d’une anémie grave courent des risques accrus de complications pendant la grossesse et de décès maternels. Selon le Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF), l’anémie à elle seule peut être responsable de 20 % des décès maternels du monde entier5. Au Cambodge, 66 % des femmes enceintes souffrent d’anémie (de même que 55 % des femmes qui ne sont pas enceintes et qui n’allaitent pas)6. Les femmes enceintes courent un risque d’anémie plus sérieux que les femmes qui ne le sont pas, dans la mesure où elles transfèrent une partie de leurs réserves de fer et d’autres nutriments à leur fœtus.

Les interventions ayant pour objet de rectifier les carences en fer incluent la fortification en fer des aliments de base, des condiments ou d’autres aliments complémentaires. L’utilisation de suppléments en fer ou d’acide folique pour éviter les carences en fer dans les régions où le paludisme est endémique a été approuvée par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et la Banque asiatique de Développement. Une alimentation et des suppléments vitaminés pour améliorer la nutrition maternelle doivent faire partie d’un vaste effort visant à réduire la pauvreté, à assurer la sécurité alimentaire de la famille et à promouvoir un régime alimentaire sain. Une assistance qualifiée à l’accouchement.

La majeure partie des naissances au Cambodge (89 %) ont lieu en dehors des installations médicales (voir la figure 1). Le nombre de naissances se produisant dans des installations médicales est faible dans toutes les régions (14 % ou moins), à l’exception de Phnom Penh (71 %). C’est dans les régions de Siem Reab/Otdar Mean Chey et de Prey Veaeng que l’on enregistre le taux le plus faible de naissances en environnement médicalisé (2 %)7. Les accouchements dans les foyers sont parfois sans problème, à condition que les proches de la femme et les accoucheuses soient capables de reconnaître les signes de complications et, si des complications surviennent, de transférer la femme dans un endroit où du personnel qualifié peut fournir les soins nécessaires. Malheureusement, trop rares sont les personnes assistant aux accouchements qui sont capables de reconnaître les signes de complications et de fournir les soins nécessaires. La formation de personnel doté de qualifications obstétriques et sa répartition dans les régions insuffisamment desservies sont essentielles pour l’amélioration de la santé maternelle et infantile.


Figure 1

Naissances au Cambodge par lieu d’accouchement

Source : Enquête démographique et de santé pour le Cambodge (EDS) 2000.


Les femmes ont le plus besoin de soins qualifiés pendant l’accouchement et la période post-partum immédiate, pendant laquelle environ les trois quarts des décès maternels se produisent. Ces soins qualifiés signifient que le personnel médical peut faire face aux accouchements normaux et traiter toute complication de la grossesse ou de l’accouchement qui menace la vie de la mère. L’OMS, l’UNICEF et le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP) ont identifié les soins qualifiés au moment de l’accouchement comme l’une des interventions les plus critiques pour prévenir les décès maternels. Avec le soutien de systèmes de santé et de transport efficaces, ces professionnels peuvent réduire la mortalité maternelle en offrant un environnement hygiénique et en procédant au traitement et à la stabilisation des femmes lorsque surviennent des complications.

Au Cambodge, 32 % seulement des naissances ont lieu en présence de professionnels qualifiés. Vingt-huit pour cent des accouchements se font en présence de sages-femmes, 2 % en présence de médecins et 2 % en présence d’infirmières (voir la figure 2). Les qualifications du personnel varient en fonction du lieu de résidence, du niveau d’éducation, de l’âge et de l’ordre des naissances. Les femmes des zones urbaines sont plus de deux fois plus susceptibles (57 %) de bénéficier des services de personnel qualifié pendant l’accouchement que les femmes des zones rurales (28 %). Les femmes ayant au moins une éducation secondaire (66 %) ont elles aussi plus de chances de recevoir l’aide de personnel qualifié que les femmes non éduquées (19 %). Les femmes de moins de 35 ans et celles dont c’est le premier enfant sont aussi plus susceptibles de bénéficier des services de personnel qualifié.8


Figure 2
Assistance à l’accouchement, Cambodge

Source : Enquête démographique et de santé (EDS) pour le Cambodge, 2000.


Soins en période post-partum

Les soins en période post-partum sont particulièrement importants pour la santé de la mère et de son enfant. Parmi les femmes du monde entier qui décèdent de causes liées à leur grossesse, environ un quart meurt pendant la grossesse, 15 % environ pendant l’accouchement, et 61 % après l’accouchement9. Les soins en période post-partum permettent au personnel médical de s’assurer que la mère et l’enfant se portent bien et, dans le cas contraire, de détecter et de traiter tout problème post-partum à un stade précoce. Ces soins permettent également aux professionnels médicaux d’encourager des comportements sanitaires salutaires tels que l’allaitement et une bonne nutrition, de fournir des recommandations en matière d’hygiène et de vaccination et d’offrir des services de planification familiale et d’autres services de santé de la reproduction.

Au Cambodge, 49 % seulement des mères reçoivent des soins en période post-partum. Malheureusement, rares sont celles qui bénéficient de soins administrés par du personnel qualifié. Environ une femme sur sept reçoit des soins administrés par une sage-femme (14 %), et seulement 1 % des femmes reçoivent les services d’un médecin et autant d’infirmières. Environ un tiers (34 %) des femmes reçoivent des soins post-partum d’accoucheuses traditionnelles non qualifiées. Les professionnels qualifiés sont plus susceptibles de fournir des soins post-partum aux mères vivant en zone urbaine (27 %) qu’à celles vivant dans les régions rurales (14 %), alors que ces dernières reçoivent plus souvent leurs soins d’accoucheuses traditionnelles non qualifiées (34 %) que les femmes des zones urbaines (28 %)10.

Conséquences de la morbidité et de la mortalité maternelle pour les décideurs politiques

Dans la mesure où la grande majorité des femmes qui décèdent de causes liées à la maternité ou en sont gravement affectées sont dans la fleur de l’âge, ces maladies ou ces décès ont des conséquences socio-économiques sérieuses pour leurs familles et leurs communautés. Les nouveau-nés dont les mères décèdent ont moins de chance de survivre. Et les enfants qui survivent ont moins de chance d’être scolarisés de manière régulière dans la mesure où ils doivent souvent cesser d’aller à l’école pour aider à la maison. Qui plus est, dans la mesure où les décès maternels ont un impact sur les femmes pendant leurs années les plus productives, leur effet sur les économies locales et nationales peut être extrêmement sérieux.

Soutien et engagement sont requis pour que le processus de mise au monde soit moins dangereux pour les mères. Les décès maternels peuvent être évités grâce à une amélioration de la santé maternelle, de la nutrition et des soins qualifiés pendant la grossesse et tout de suite après l’accouchement. Selon le Programme mère-enfant de l’OMS, les principales interventions sanitaires ne coûteraient que 1 à 3 $US par personne11. En outre, l’accès aux services de planification familiale permet de réduire tant le nombre de grossesses non souhaitées que les avortements à risque. Le programme cambodgien pour la maternité sans risque a fait de la réduction de la mortalité maternelle une priorité de la santé publique. La réduction des pertes tragiques de mères au moment de donner la vie exigera des efforts bien coordonnés et soutenus à tous les niveaux, que ce soit dans les foyers, au sein des communautés, dans les cliniques, dans le pays tout entier et à l’échelle internationale. Cet engagement permettra de garantir que la maternité soit une expérience heureuse, sans danger et gratifiante.


Références

  1. Elizabeth Ransom et Nancy Yinger, Pour une maternité sans risques : comment éliminer les obstacles aux soins (Washington, DC : Population Reference Bureau, 2002).
  2. Organisation mondiale de la Santé (OMS), Maternal mortality in 1995 : estimates developed by WHO, UNICEF and UNFPA (Genève : OMS, 2001).
  3. National Institute of Statistics (NIS), Direction générale de la Santé [Cambodge] et ORC Macro, Enquête démographique et de santé (EDS) pour le Cambodge, 2000 (Phnom Penh, Cambodge, et Calverton, Maryland : NIS Directorate General for Health et ORC Macro, 2001) : 117.
  4. NIS, Direction générale de la Santé [Cambodge] et ORC Macro, CDHS 2000 : 133.
  5. UNICEF, “Maternal nutrition and low birthweight”, consulté en ligne à www.unicef.org/programme/nutrition/focus/maternal.html, le 15 août 2002.
  6. NIS, Direction générale de la Santé [Cambodge] et ORC Macro, CDHS 2000 : 181.
  7. NIS, Direction générale de la Santé [Cambodge] et ORC Macro, CDHS 2000 : 139.
  8. OMS, Maternal mortality in 1995.
  9. Ann Starrs, The safe motherhood action agenda : priorities for the next decade, rapport des consultations techniques sur la maternité sans risques (New York : Family Care International, 1998) : 37.
  10. NIS, Direction générale de la Santé [Cambodge] et ORC Macro, CDHS 2000 : 145.

Pour plus d’info

Veuillez contacter le Département de la planification et de l’information en matière de santé à l’adresse suivante : Department of Planning and Health Information, Ministry of Health, #151-153, Blvd Kampuchea Krom Ave., Phnom Penh, Cambodge
Téléphone : (855 23) 425 368
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