(Avril 2001) L’Europe affiche les taux de fécondité les plus faibles au monde. En 2000, le nombre moyen de naissances était de 1,4 enfants par couple, de 1,1 enfants en Bulgarie et en République Tchèque à 2,2 enfants en Albanie.

Les spécialistes en sciences sociales avancent un certain nombre de raisons pour expliquer le peu d’empressement apparent des Européens à avoir des enfants. Beaucoup soulignent le coût toujours croissant pour élever des enfants, non pas seulement le coût de la vie qui augmente sans cesse, mais également les coûts personnels pour les parents qui doivent suspendre l’avancement professionnel et l’accomplissement de soi. Une autre explication met l’accent sur les changements dans les attentes sociales en matière de mariage et de famille : les jeunes Européens ne ressentent peut-être pas la même pression sociale à se marier et à avoir des enfants que leurs parents et grands-parents ressentaient.

Le faible taux de fécondité en Europe a également été relié à la soi-disant “révolution contraceptive”. Il est très largement supposé que l’accès à des moyens de contraception efficaces est universel en Europe et que les femmes européennes peuvent contrôler si et quand elles souhaitent tomber enceintes. Jusqu’à très récemment cependant, il n’existait que peu de preuves empiriques relatives à l’utilisation de la contraception chez les femmes européennes. Dans les années 1990, une série d’enquêtes nationales a révélé de nouvelles informations sur le niveau d’utilisation des contraceptifs et sur les méthodes les plus populaires dans divers pays. Ces enquêtes ont également démontré que les femmes européennes ont encore parfois des grossesses surprises, malgré la disponibilité et le taux élevé d’utilisation des contraceptifs (pour plus d’informations, voir “Rassembler des informations sur l’utilisation de la contraception en Europe”).

Une grande majorité des femmes européennes en âge d’avoir des enfants ont recours à des moyens de contraception et les Européennes ont plus tendances que les Américaines à prendre des dispositions pour contrôler les naissances. Dans la plupart des pays européens, plus de quatre femmes sur cinq en âge de procréer, mariées ou dans une relation concubine, utilisaient une méthode contraceptive au moment où l’enquête a été menée. Les taux d’utilisation s’échelonnaient de 92 % en Hongrie en 1993 à 66 % en Lituanie en 1995 (voir Tableau 1). Une enquête menée en 1995 aux États-Unis indiquait que les trois quarts (75 %) des Américaines mariées âgées de 15 à 44 ans utilisaient une méthode contraceptive et que 69 % des Américaines divorcées utilisaient également une méthode de contraception1.


Tableau 1
Utilisation de la contraception dans certains pays d’Europe, années 1990

Pays, année de l’enquête Pourcentage de femmes vivant en couple et utilisant un moyen de contraception
Autriche, 1996 67,9
Belgique, 1992 84,2
Canada, 1995 80,2
Finlande, 1990 84,0
France, 1994 89,9
Allemagne, 1992 84,8
Hongrie, 1993 91,8
Lettonie, 1995 84,9
Lituanie, 1995 65,9
Norvège, 1989 80,3
Pologne, 1991 75,7
Slovénie, 1995 84,4
Espagne, 1995 87,2
États-Unis*, 1995 76,4

* Femmes actuellement mariées, âgées de 15 à 44 ans.
Remarque : Le pourcentage est basé sur un échantillon de femmes en âge de procréer qui vivaient en couple et étaient par conséquent exposées à un risque de grossesse. Les âges des participantes variaient par pays. La plupart des enquêtes étaient menées auprès de femmes âgées de 20 à 45 ans. Certaines enquêtes comprenaient également des femmes légèrement plus jeunes et plus âgées.
Sources : Calculs d’auteurs des données tirées des Enquêtes sur la fécondité et la famille ; et J. Abma, A. Chandra, W. Mosher, L. Peterson et L. Piccinino, “Fertility, family planning, and women’s health : new data from the 1995 national survey of family growth”, Vital and Health Statistics, Séries 23, nº 19 (Hyattsville, Maryland : National Center for Health Statistics, 1997) : tableau 42.


L’utilisation quasiment universelle de la contraception en Europe aujourd’hui est un phénomène qui est apparu au cours des trente dernières années. Seulement un tiers des femmes européennes nées dans les années 40 et 50 ont eu recours à un moyen de contraception la première fois qu’elles ont eu des rapports sexuels, alors que par exemple, deux tiers des femmes nées dans les années 70 ont utilisé un moyen de contraception la première fois qu’elles ont eu des rapports sexuels.

La plupart des Européennes se reposent sur des moyens de contraception extrêmement fiables. Les contraceptifs oraux sont la forme préférée de contrôle des naissances. La pilule domine particulièrement en Allemagne où elle est utilisée dans 84 % des cas. La stérilisation féminine, qui fait concurrence à la pilule en haut de la liste aux États-Unis, n’est pas si fréquence en Europe. La stérilisation n’était importante qu’en Belgique, en Espagne et en Finlande où elle représentait entre 10 % et 18 % des moyens de contraception utilisés.

Étrangement, des méthodes traditionnelles présentant des taux d’échec relativement élevés sont encore largement utilisées, particulièrement en Espagne et en Europe de l’Est. En Pologne, plus d’un tiers des femmes mariées déclarent avoir recours à l’abstinence périodique et plus d’un cinquième déclarent utiliser la méthode du retrait. L’abstinence périodique ou le retrait (“coït interrompu”) sont les seules formes de contrôle des naissances tolérées par l’Église catholique. Cette sanction religieuse peut expliquer pourquoi ces méthodes sont plus souvent utilisées dans des pays tels que la Pologne et la Lituanie où sont rassemblées de larges populations catholiques. Un autre problème entravant l’utilisation de la pilule et autres méthodes “d’apport” dans les anciens pays de l’Union Soviétique, y compris la Lettonie, la Lituanie et la Pologne, était la limitation de l’importation des contraceptifs et le fait que beaucoup de femmes ne disposaient pas d’une source fiable d’approvisionnement.

L’efficacité des moyens de contraception utilisés varie de pays à pays, reflétant en partie la fiabilité de l’ approvisionnement et la constance de l’utilisation. La défaillance des contraceptifs se reflète dans les taux de grossesses non désirées. Quasiment la moitié des Lettonnes et plus d’un cinquième des Hongroises et des Espagnoles enceintes au moment de l’enquête ont déclaré qu’elles n’avaient pas souhaité la grossesse actuelle ou qu’elles auraient souhaité qu’elle se produise plus tard. En France, ce taux s’élevait à 10 % et en Finlande, à tout juste 5 %. Dans une enquête menée en 1995 aux États-Unis, environ 9 % des grossesses n’étaient pas désirées au moment de la conception. Mais selon les Américaines interrogées, un grand nombre des grossesses (21 %) ne se produisait pas “au bon moment”2.

Comment les Européennes peuvent-elles éviter des grossesses non souhaitées ? De meilleures informations et une meilleure éducation sur la santé génésique pourraient aider dans ce sens. Malgré des niveaux élevés d’éducation officielle, certaines femmes ne savent pas très bien quand elles sont fécondes ou comment utiliser efficacement les contraceptifs.

Réduire le nombre de grossesses non souhaitées empêcherait de nombreux avortements, ce que beaucoup de personnes considèrent comme un objectif lovable. Les taux d’avortement sont en effet relativement importants dans certains pays d’Europe de l’Est. Cependant, éliminer les grossesses non souhaitées réduirait le taux de fécondité, ce qui n’est pas un résultat populaire. La plupart des Européens ne souhaitent pas voir le taux de fécondité baisser. 


Ralf E. Ulrich est directeur, Eridion GmbH.


References

  1. J. Abma, A. Chandra, W. Mosher, L. Peterson et L. Piccinino, “Fertility, family planning, and women’s health : new data from the 1995 national survey of family growth”, Vital and Health Statistics, Séries 23, no 19 (Hyattsville, Maryland : National Center for Health Statistics, 1997) : tableaux 41 et 43.
  2. Abma et al., “Fertility, family planning, and women’s health”, Vital and Health Statistics : tableau 14.

Pour plus d’infos

Rassembler des informations sur l’utilisation de la contraception en Europe

Jusqu’à une époque récente, plus d’informations sur l’utilisation des contraceptifs et le planning familial ont été rassemblées pour les pays en voie de développement en Asie, en Amérique Latine et en Afrique que pour les pays d’Europe. Toute une série d’enquêtes nationales ont été menées dans les pays en voie de développement dans les années 1970, alimentées par un apparent besoin urgent d’informations sur la maternité et le planning familial dans des pays où les femmes avaient en moyenne cinq à six enfants et où la croissance démographique l’emportait largement sur la croissance économique. Les efforts les plus récents et les plus vastes entrepris sont ceux du projet d’Enquêtes démographiques et de santé (EDS) qui comprend quelque 140 enquêtes dans presque 70 pays. La priorité a été moindre concernant le comportement de planning familial en Europe où les femmes semblaient contrôler leur vie reproductive et où la fécondité était faible. Seuls quelques pays dans la région ont réalisé des enquêtes nationales avant les années 1990.

Dans les années 1990, une série d’enquêtes sur la fécondité, connues sous le nom d’Enquêtes sur la fécondité et la famille (Fertility and Family Surveys – FFS), a été réalisée dans 24 pays développés, essentiellement en Europe. Les enquêtes nationales menées auprès de 1.700 à 6.000 femmes (selon les pays) représentent une importante source d’informations sur les modèles contemporains d’utilisation de la contraception en Europe. Les questionnaires couvraient une vaste gamme de problèmes liés à la fécondité et à la formation de la famille. Beaucoup des enquêtes comprenaient également un questionnaire destiné aux hommes. Les âges minimum des personnes interrogées n’étaient pas tous les mêmes, mais pour la plupart des enquêtes, les personnes interrogées étaient âgées entre 15 et 24 ans, pour les plus jeunes, et entre 40 et 49 ans pour les plus âgées.

La conception des FFS a bénéficié des expériences tirées des EDS réalisées dans les pays en voie de développement. L’utilisation des questionnaires a cependant indiqué qu’il était beaucoup plus difficile d’utiliser des questionnaires standardisés en Europe que dans les pays où les EDS avaient été réalisées. En conséquence, les données des enquêtes FFS sur l’utilisation de la contraception et autres variables ne sont pas aussi facilement comparables que les ensembles de données des EDS. Les rapports par pays publiés diffèrent relativement en ce qui concerne la façon dont la prédominance de la contraception est calculée, mais ils offrent des points de référence pour des recherches plus poussées sur la maternité et le planning familial en Europe.